Abbaye

Les chemins de la foi. V

Hans Urs von Balthasar

Les chemins de la foi

Pensées d’un croyant

V

800. La vérité de l’homme

Le christianisme n’est pas seulement la vérité qui nous est transmise du ciel par un porte-voix humain : il est la vérité de l’homme. (La prière contemplative, p. 183).

801. Une amitié lui fait défaut

Le P. Balthasar cite Guardini : « Pascal n’est pas un saint; son esprit inspire la crainte; sa ferveur est dévorante; il n’aime pas la nature ni l’art; il n’a aucun humour; une amitié lui fait défaut qui l’aurait apaisé ». (Romano Guardini, p. 76).

802. Langage secret

Toute parole de Jésus avant la croix et la résurrection est essentiellement parabole, langage secret qu’on ne déchiffre pas ou pas complètement. Ce n’est que la croix et la résurrection qui peuvent expliquer ce qui est caché dans toutes les paroles de Jésus durant sa vie terrestre… L’horizon de fin du monde qui, pour le Christ, était sa mort, devient pour l’Eglise l’horizon du retour du Christ… Pour Jésus, la croix est la fin du monde et son au-delà est la parousie (La nouvelle Alliance, p. 290-299).

803. Un livre d’enfants

Dieu s’est abaissé jusqu’à écrire un livre d’enfants à notre usage : la Bible. (A propos de Hamann, protestant allemand du XVIIIe siècle, dans La gloire et la croix, II, p 142).

804. La faillite

Les disciples étaient en pleine faillite (avec la mort de Jésus). La résurrection de Jésus est venue tout remettre en ordre dans leur esprit. (Nouveaux points de repère, p. 152).

805. Ascension

L’événement de l’Ascension sert à rendre sensible la limite et à rendre évidente la transcendance verticale du temps. L’aspect terrestre du Christ devient flottant, on peut suivre sa course sur une certaine distance, puis il est voilé aux regards. Les yeux restent fixés au ciel à cause du mouvement ascendant… Mais déjà la réalité céleste personnifiée par les anges se tient sur le sol, à côté des spectateurs, et rappelle ces hommes extasiés à leur devoir terrestre. La nuée est deux choses à la fois comme au Thabor et dans l’Ancien Testament : l’apparition et le voile flottant de la splendeur divine, la manifestation à travers le voile, présence assurée à travers l’absence visible, initiation sensible à la transcendance insensible… Le Verbe de Dieu disparaît en bénissant les assistants : pour la dernière fois après Pâques, il se donne en se retirant, il se laisse saisir tandis qu’il s’échappe. Le regard fixé vers le haut devient de lui-même une adoration, et c’est même ici que toute adoration et toute contemplation ont leur fondement et leur patrie… Par suite, l’organe contemplatif de la foi est triple : la vision, la cessation de la vision, le prolongement de la vision dans la non-vision, dans l’adoration prosternée. Et cette vision débouche dans la joie du devoir terrestre : jusqu’aux extrémités de la terre ou dans le temple pour louer Dieu (Lc 24, 53). (De l’intégration, p. 300-301).

806. Humiliation

L’incarnation est pour Dieu plus humiliante que la croix. (Louis de Grenade dans Le mystère pascal, p. 30).

807. Athéisme moderne

Le phénomène effrayant de l’athéisme moderne pourrait être, entre autres choses, une disposition de la providence pour ramener de force la chrétienté à une manière plus haute de penser Dieu. (Dieu et l’homme d’aujourd’hui, p. 196).

808. Celui qui nous appelle

L’Esprit Saint est celui qui console, qui réconforte, qui encourage, qui persuade, qui exhorte, qui réveille, qui anime, qui incite, qui presse de la voix; ce que l’éperon et l’injonction sont pour le cheval, ce que l’applaudissement est pour l’orateur, ce que la trompette est pour le soldat, le Paraclet l’est pour l’âme : celui qui nous appelle. (Hopkins cité dans La gloire et la croix, II, 2, p. 265).

809. Voilà la preuve

Le vrai jugement qui sépare les brebis des boucs en mettant la foi et l’incrédulité en plein jour, c’est la croix… La volonté de l’homme est toujours inquiète et préoccupée de se maintenir. La volonté divine la libère du souci et de la prévoyance. Tant que l’homme agit, il n’est pas encore prouvé par l’expérience qu’il obéisse à Dieu dans son action. L’obéissance dans la souffrance, voilà la preuve. Expérience qui est une entrée dans l’immensité de Dieu : elle ne peut être remplacée par rien. Le Christ lui-même apprit de ce qu’il souffrit, l’obéissance (He 5, 8). Différence essentielle chez l’homme entre savoir et apprendre à connaître, surtout en ce qui concerne la foi. L’épreuve fait partie du contenu fondamental de l’Ecriture. Dieu lui-même n’est « sûr » de l’homme, pour ainsi dire, que lorsqu’il l’a fait passer au creuset comme l’or dans la fournaise. (Qui est chrétien?, p. 71-72).

810. Une Parole puissante

Dieu… s’est manifesté depuis longtemps à l’homme dans une Parole si puissante et si compréhensive qu’elle ne peut absolument pas devenir du passé, mais continue à retentir comme présente à travers tous les temps. (La prière contemplative, p. 10).

811. La liberté gratuite de l’amour

La vie commune de deux personnes qui s’aiment reste jusqu’au bout tentative, essai, marche à la rencontre de l’autre, à la condition que chacun préserve la liberté de l’autre. Malheur à celui qui voudrait, par quelque ruse que ce soit, arracher à l’être aimé son ultime secret! Non seulement il n’y parviendra pas, mais il ne réussira en fin de compte qu’à faire mourir l’amour. Seul ce qui est offert dans la liberté gratuite de l’amour a valeur de révélation. (Points de repère, p. 29).

812. Une seule chair

L’Eglise devient une seule chair avec le Christ dans l’eucharistie. (Triple couronne, p. 112).

813. Privilège perdu

Le péché originel est la perte des rapports réciproques d’amour qui existaient entre Dieu et l’homme. L’homme n’a plus la possibilité de « devenir enfant de Dieu’ »(Jn 1, 12), mais il ne veut pas et ne peut pas y renoncer. Car il est destiné à participer à la vie divine, et il a perdu ce privilège quand il chercha à posséder sans Dieu ce qu’il ne pouvait avoir que par Dieu et en Dieu. Ainsi se prolonge nécessairement le péché qui a eu lieu une fois. L’homme s’efforce de reconquérir par ses propres moyens son privilège perdu. Il se passe là ce qui se passe dans les relations entre humains : l’offenseur ne peut pas arracher son pardon à l’offensé; et plus il cherche à l’obtenir de force par des actions pressantes, plus il enfreint la loi de l’amour réciproque. L’homme ne peut pas cesser de se chercher religieusement, pour tirer de lui-même un ordre harmonieux du monde dans lequel Dieu aussi est reconnu à sa vraie place; mais tout cela par les forces propres de l’homme qui refuse de reconnaître son impuissance totale à restaurer son rapport avec Dieu hors de la grâce de Dieu. (De l’intégration, p. 216-217).

814. Comprendre

Je crois, mais je désire comprendre. (D’après saint Anselme dans E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 245).

815. Embrasser

Se tenir prêt à embrasser la volonté divine, sous quelque forme qu’elle se manifeste. (Une théologie des Exercices, p. 47).

816. Révélation infinie

L’Esprit de Dieu souffle toujours d’une manière vivante dans l’Eglise, et il découvre des aspects toujours nouveaux de la révélation infinie… L’Esprit Saint est à l’oeuvre à travers tous les temps pour interpréter de manière vivante la révélation du Christ consignée dans l’Ecriture. (Thérèse de Lisieux, p. 15-17).

817. Comprendre

Jésus Christ n’est intelligible que comme sommet d’une histoire totale du salut, qui part d’Adam, Noé et Abraham, accompagne l’histoire du monde et de l’Eglise, et se prolongera jusqu’au dernier jour. (La prière contemplative, p. 65-66).

818. Chercher

Le Dieu de la révélation chrétienne est à ce point immense que, trouvé, il est encore à chercher. (Saint Augustin dans Simplicité chrétienne, p. 116).

819. Notre compétence

Garder une conception naïve de la double issue de l’histoire de l’humanité (ciel ou enfer) ou s’ériger en contradicteur absolu de cette représentation, c’est s’exposer au danger de penser l’eschatologie en spectateur externe et non pas selon le point de vue de la personne concernée… L’appréciation de l’endurcissement effectif d’un homme, sa résistance au Christ, n’entre pas dans nos attributions, elle dépasse notre compétence, malgré tous les signes extérieurs contraires. (Citation de W. Kreck dans Dramatique, IV, p. 273).

820. Eloignement de Dieu

Il n’est pas étrange que les disciples, même après la résurrection, n’aient pu comprendre que lentement le sens de la croix… Jésus a su d’avance sans aucun doute que sa volonté d’aider les hommes éloignés de Dieu à revenir à Dieu allait être prise terriblement au sérieux, qu’il devrait à leur place éprouver jusqu’au bout cet éloignement de Dieu et même cette éclipse totale de Dieu, pour les en retirer et faire passer de lui à eux sa propre intimité avec Dieu. (Aux croyants incertains, p. 80-82).

821. Affreux complexe

« On ne trouvera chez lui (Hans Urs von Balthasar) aucune trace de cet affreux complexe d’infériorité qui semble ronger aujourd’hui, dans certains milieux, tant de consciences chrétiennes, tel un cancer ». (Henri de Lubac, Paradoxe et mystère de l’Eglise, p. 192-193).

822. Chef d’oeuvre

« … comme le dit Hans Urs von Balthasar dans un chapitre brûlant de son petit chef d’oeuvre lyrique, ‘Le coeur du monde’… » (Cardinal Barbarin dans Bernheim- Barbarin, Le rabbin et le cardinal, p. 126).

823. L’amour infini est pauvre

On perçoit ici tout ce qui est caractéristique de Luc : l’amour sans limite de Dieu, tel que Jésus le révèle et le présente, est pauvre. Non pas seulement doux et humble (comme chez Matthieu), mais sans force. Le père, dans la parabole, « est contraint » de laisser partir le fils cadet et ce n’est que lorsque celui-ci arrive à la fin de ses aventures que la fête du grand pardon peut être célébrée (Lc 15, 11-32). (La nouvelle Alliance, p. 304).

824. L’homme sans défense

(Il m’est demandé) le courage de dire oui à toute parole de Dieu qui peut concerner ma vie… Plus l’homme est sans défense, plus il est ouvert sur Dieu et pour Dieu, plus la force de Dieu peut se répandre et habiter en lui. (Le chrétien et l’angoisse, p. 152-153).

825. La technique

Aucune technique ne saurait arracher à Dieu la moindre parole de révélation; il ne la profère qu’avec une liberté souveraine et attend de celui qui la reçoit le oui simple de la foi. (Simplicité chrétienne, p. 87).

826. Certitude vivante

Il n’y a que l’Esprit Saint qui peut donner la « certitude vivante » au sujet de Dieu… Il y a le témoignage intérieur de l’Esprit… Le vrai témoin, c’est l’Esprit. Il fait signe vers le Christ. Il s’efface pour ainsi dire devant le Père et le Fils. (L’Esprit de vérité, p. 139).

827. Tout devient incompréhensible

Si on supprime la résurrection, ce n’est pas un point qui devient incompréhensible de la vie terrestre de Jésus, c’est absolument tout… Si l’on écarte du Christ sa dimension trinitaire, tout devient incompréhensible. (La gloire et la croix, I, p. 394-395).

828. Le fondement mystérieux

Dieu est le fondement mystérieux dont nous sommes issus sans qu’on nous ait demandé notre avis et auquel nous finirons par retourner. (Les grands textes sur le Christ, p. 90).

829. L’échec

Comme l’échec a été le signe de l’existence terrestre de Jésus Christ, il devrait être aussi celui de l’Eglise terrestre… Les qualités les plus essentielles des forces de l’Eglise échappent à toute statistique : la prière, la souffrance, l’obéissance dans la foi, la docilité, l’humilité. (Qui est chrétien?, p. 122-124).

830. Le gros porc

L’existence sur le tas d’ordures peut amener certains à réfléchir… L’évêque Schubert, de Roumanie, autoritaire, arriviste, était en prison appelé « gros porc » par les surveillants, qui frappaient en ricanant son ventre bien nourri. Le déclic se fit. Il devint en geôle ce que d’innombrables méditations n’avaient pas réussi à faire : un frère sincère du codétenu bafoué. Les exemples sont innombrables qui illustrent ce type de conversion à la fraternité chrétienne seulement et précisément dans l’épreuve de la souffrance. (Nouveaux points de repère, p. 371).

831. Une voie inespérée

Dieu se révèle à l’homme en vertu de sa propre initiative divine libre… Et c’est seulement en présence de l’Amour absolu que l’homme est amené à sa vérité et, par là, à son intelligibilité… L’homme ne peut se comprendre sans l’acte libre de Dieu qui se révèle… Dieu n’est jamais tout à fait extérieur à l’homme… Le christianisme a dévoilé à l’homme une voie inespérée vers son achèvement qui, en dehors de Dieu, avait toujours échoué; mais c’est une voie qui a comme présupposé la foi en la résurrection du Christ et contrarie ainsi la raison, les conviant à un duel sans cesse renouvelé. (De l’intégration, p. 89-90).

832. Une réponse aux questions que tous se posent

Il est venu d’en haut pour donner ici-bas une réponse aux questions que tous se posent, il est capable de donner au fini le poids total de l’éternité. Il peut communiquer à tous quelque chose de ce poids d’éternité et de cette plénitude de valeur en face de Dieu… Ou bien l’homme se réjouit de la lumière de Dieu ou il se lamente sur sa finitude… La mortalité n’est pas la fin de tout. (Dramatique, III, p. 117).

833. L’interprète du Fils de Dieu

L’Esprit est avant tout l’interprète du Fils de Dieu. (« C’est de mon bien qu’il prendra pour vous en faire part » Jn 16, 14); il l’accompagne dans sa mission : à sa naissance, à son baptême, sur la croix; mais c’est seulement quand l’oeuvre du salut est achevée qu’il entre pleinement en action, qu’il peut l’exposer dans sa profondeur et son unité. (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 299).

834. Ce que Dieu veut de moi

Je ne sais jamais par moi-même de façon certaine ce que Dieu veut de moi, je ne peux en faire l’expérience que dans le cadre de l’Eglise et dois me mettre à son écoute, me conformer à ses indications, parce qu’elle est la colonne et la base de la vérité (1 Tim 4, 15). (Points de repère, p. 170).

835. Pas encore acclimaté au ciel

Le contemplatif abandonne au Verbe le soin de choisir en quel état du Verbe (comme un mort ou comme un ressuscité, qui vit encore sur terre ou qui a déjà son être dans le ciel) celui-ci veut le transporter au cours du pèlerinage qu’est la vie terrestre : vie pendant laquelle il est dépaysé du monde et pas encore acclimaté au ciel. (La prière contemplative, p. 329).

836. Tomber aux mains du Dieu vivant

Il me semble naïf et superficiel de vouloir simplement supprimer tout ce qui est dit du jugement de Dieu dans la Bible (Ancien et Nouveau Testament)… Le jugement de Dieu est inexorable sur tout ce qui n’est pas conforme à la sainteté et à l’amour divin. La colère de Dieu et son amour en fin de compte ne font qu’un. Chose effroyable que de tomber aux mains du Dieu vivant quand le Seigneur jugera son peuple (He 10, 30-31). Chose effroyable pour ceux qui ne veulent pas lui appartenir car, pour les autres, qu’y a-t-il de plus beau que de tomber aux mains du Dieu vivant?… Lacroix est un jugement qui tombe sur le péché qui est la réalité anti-divine du monde. Le Christ a été fait péché : non pas punition d’un innocent à la place des coupables, mais concentration volontaire en Jésus de tout ce qui en ses frères s’oppose à Dieu. (Substitution : pro nobis). Prise en charge de notre faute… Au centre de la croix : sans aucun doute l’expérience du délaissement par Dieu, expérience du péché livré aux mains de la justice divine, au feu de la sainteté de Dieu. Pour que le Christ puisse connaître ce rejet, il a dû en quelque sorte s’identifier avec le péché des autres. Le Christ ne veut plus distinguer entre lui-même, l’innocent, et ses frères coupables. Spontanéité souveraine de Jésus qui prend sa croix sur lui (Lc 8, 23; 14, 27), croix dont le poids est sans proportion avec ses seules forces humaines. Elle l’écrasera, et plus spirituellement que corporellement. (Au coeur du mystère rédempteur, p. 33-36).

837. Un égoïste qui ramène tout à sa propre gloire?

Si l’incompréhensible « folie » de Dieu est au centre de la révélation, que seront alors les dogmes sinon autant de garde-fous qui surveillent l’intégrité du mystère? On pourrait les multiplier à loisir, on pourrait aussi – et ne serait-ce pas par hasard l’avenir de la théologie dogmatique? – les simplifier, les faire coïncider et se pénétrer mutuellement puisqu’ils ne sont que des illustrations variées d’un seul et même mystère. Nous croyons que Dieu est un en trois personnes, car s’il n’était pas en lui-même l’amour absolu, il ne serait qu’un égoïste qui ramène tout à sa propre gloire, ou alors, s’il devait aimer le monde, il en dépendrait et cesserait d’être Dieu. La croix du Seigneur est l’apparition chez nous de ce Dieu si dissemblable à nous dans son amour abyssal, et l’histoire ne rétrécira pas cet abîme, au contraire, elle le fera voir et valoir.

838. Dieu n’a pas à avoir honte de sa création

L’existence en définitive est digne de confiance parce que son fondement est l’Amour éternel lui-même, qui est plus fort que la mort. Dans la résurrection du Christ, sa Passion apparemment vaine pour le monde est assumée sous la forme de stigmates dans la gloire du Père; mais, avec les stigmates, sont assumées aussi les callosités de ses mains de charpentier et toutes les blessures spirituelles qui furent infligées à son âme par son expérience terrestre. C’est ainsi que toute l’humanité, avec sa vanité et tous ses efforts, est glorifiée et justifiée auprès de Dieu par la glorification de Jésus. C’est alors seulement que Dieu n’a pas à avoir honte de son oeuvre de création dont le compte ne peut tomber juste qu’ainsi. (Retour au centre, p. 139).

839. Parler de Dieu?

Ne vaut-il pas mieux, en fin de compte, renoncer à réfléchir sur Dieu et à parler de lui s’il reste toujours l’Inconnu même et surtout lorsqu’il se révèle? Nous n’en avons pas le droit puisqu’il est venu à nous à travers des événements – qui ont atteint leur point culminant en Jésus Christ – avec une puissance (ou une impuissance) où il se montrait tellement soucieux de se livrer, de ne pas s’imposer, de nous appeler, que nous pouvons comprendre une chose : il veut exister pour nous, nous cacher dans les profondeurs de son propre amour divin. Jésus nous apprend à nous adresser à cet amour comme à un Toi… Nous pouvons et devons nous livrer inconditionnellement à lui, c’est ce qu’exige de nous l’ensemble de la Bible avec une insistance croissante, et l’exigence est légitime à cause de la preuve que Dieu a manifestée de son amour pour le monde (Jn 3, 16; 1 Jn 4, 19). (Points de repère, p. 28).

840. Une certitude

Un seul est revenu de la mort et il apporta avec lui, du royaume des morts, l’espérance pour tous, la certitude de la vie éternelle… Il est venu alors qu’aucun de ses disciples ne croyait le moins du monde à une telle possibilité. Et il les admonesta même à cause d’un tel manque de foi… Ce que Jésus apporte? Il apporte justement ce dont nous avions besoin bien que nous ne sachions pas comment y parvenir : la vie continue mais ce n’est pas simplement la continuation de la vie ancienne… Continuer de vivre, mais pas non plus une vie totalement nouvelle et autre. (Tu couronnes l’année de tes bontés, p. 87).

841. Communion des saints

La communion des saints n’est rien d’autre que le plein pouvoir qu’a tout être qui aime de transmettre à d’autres qui en ont besoin ce qu’il possède en propre des dons divins. (Triple couronne, p. 120).

842. Précision

La Parole que Dieu adresse à l’homme est précise, et l’obéissance attendue devrait être tout aussi précise, et non pas vague et approximative. (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 69).

843. Une prétention inouïe

On ne peut se représenter de manière assez universelle et radicale la prétention de Jésus. L’évangile nous montre qu’il a une conscience incomparable de sa mission… la conscience de sa position centrale dans l’histoire du monde et du salut. Il inclut en lui toutes les personnes du drame du monde, lui qui est la tête du Corps composé de membres vivants, personnels… Il demande des disciples et il offre aux hommes de devenir ses disciples, tandis que lui-même n’est le disciple de personne. Celui qui donne sa vie pour lui la gagnera (Mt 10, 39). Alors que Dieu, dans l’Ancien Testament, promet le repos pour les coeurs des hommes (Jr 6, 16), Jésus le promet auprès de lui à tous ceux qui peinent sous le fardeau (Mt 11, 29). C’est d’après son comportement envers Jésus que se décidera pour chaque homme son destin final (Mc 8, 38). Lui-même sera le Juge du monde à la fin des temps (Mt 25, 31 ss.). Tandis que tout dans le monde est périssable, l’homme qui s’appuie sur la parole de Jésus bâtit sa maison sur le roc (Mt 7, 24). Et voici la déclaration la plus forte, à peine concevable : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Mc 13, 31). Et Jésus prévoit que son message et sa mise en avant de lui-même provoqueront le scandale et il le ressent de plus en plus jusqu’à pressentir sa crucifixion. Ceci montre qu’il avait conscience de dire et de faire ce qui est inouï, incroyable, indésirable… Il se plaçait au centre en vertu de sa mission d’attirer à lui tous les hommes (Jn 12, 32).(Dramatique, II, 2, p. 22).

844. Le nouveau-né

La pensée ultime, et donc aussi la pensée première, du Créateur lorsqu’il envisagea le monde et l’homme fut la « récapitulation » (Saint Irénée, saint Paul) de tous les êtres terrestres et célestes sous un seul Chef, le Christ (Ep 1, 10). Créer l’homme, pour Dieu, c’est se pencher avec un amour personnel infini sur cette créature nouveau-née pour lui insuffler cet amour et susciter sa réponse, un peu comme fait une mère qui, de la force personnelle de son coeur, éveille dans son enfant une réponse d’amour comme une véritable création. (De l’intégration, p. 98).

845. La mort comme suprême parole

Au centre de toutes les paroles divines adressées aux hommes se tient le Fils unique… Mais au centre de cette parole unique il y a la mort, dans laquelle la parole du Fils devient un cri puis disparaît. Cette non-parole est une super-parole, le mouvement le plus haut et le plus mystérieux de Dieu envers l’homme. (La nouvelle Alliance, p. 79-80).

846. Réaliser l’impossible

Dans la kénose du Fils, sa « forme divine » reste comme « en dépôt » auprès du Père, à la fois comme gage de sa fidélité à la volonté du Père et, pour le Père, comme rappel de la profondeur avec laquelle lui-même s’est engagé dans l’aventure du monde. Dans cette sorte de tension entre l’éternité et le temps, Dieu ne s’est pas aliéné lui-même, mais il est plus que jamais présent à lui-même, car il accomplit ainsi le libre engagement dans lequel il est entré par la création. C’est comme s’il avait fait avec lui-même le pari de réaliser l’impossible : créer des libertés autonomes sans pour autant les laisser se perdre.(Article Kénose dans le Dictionnaire de spiritualité, 8, 1711).

847. Le désert

Tout homme qui veut vivre chrétiennement doit d’abord être mort avec le Christ dans la relation immédiate à Dieu. C’est pourquoi les envoyés de Dieu viennent toujours de quelque manière du désert. Le Christ vient de trente ans de vie cachée, de quarante jours de combat au désert dans la relation immédiate avec Dieu. Le Baptiste vient du désert, Paul vient de trois années passées en Arabie… Et celui qui, fatigué et découragé par le bavardage vide de prière, si fréquent dans la chrétienté actuelle, sort comme Elie dans le désert, peut se trouver soudain devant l’Horeb, la montagne de Dieu, où il a le droit de rencontrer Dieu directement pour être envoyé à ses frères avec de nouvelles missions. (Nouveaux points de repère, p. 47).

848. Fuir naïvement la croix

L’Eglise inscrit dans son programme d’action la construction positive du monde, mais d’autres s’en occupent de façon beaucoup plus efficace, et ce n’est qu’à contrecoeur qu’elle doit se plier au programme et à la volonté du véritable Seigneur de l’Eglise qui veut que la récolte cachée soit promue beaucoup plus par ses souffrances, ses échecs, son portement de croix, que par les entreprises bien intentionnées des chrétiens, qui fuient naïvement la croix. Pour l’Eglise, être en croix ne veut pas dire célébrer la croix comme un événement passé ou la conserver en elle comme un principe dont elle dispose librement, mais être placée dans une contradiction qui, historiquement, est inéluctable. (De l’intégration, p. 165).

849. Dialogue de sourds

Un dialogue avec des non-croyants, ne reconnaissant pas la figure de Jésus dans son humanité, est de soi impossible. Jésus lui-même a avec ses adversaires un dialogue de sourds (Cf. Jn 8-9). (Théologique, 2, p. 74-75).

850. La liberté de Dieu

Dieu prouve sa liberté en se révélant. Et il se révèle comme libre et personnel. Ce faisant, il révèle le sens d’éternité de l’être humain. Dieu se révèle d’une manière scandaleuse par le libre choix d’un peuple exclusif des autres). Dans la nouvelle Alliance, l’exclusivité n’est pas supprimée bien que maintenant la totalité des « peuples » soit conviée à entrer dans l’Alliance. Cette Alliance est exclusive maintenant justement parce qu’elle inclut tous les peuples. Dieu est toujours celui qui choisit souverainement dans l’amour (et il choisit tout le monde). Et il garde pour lui, comme son secret d’amour, sa manière mystérieuse d’inclure tous les peuples, et donc toutes les philosophies et toutes les religions, dans son Alliance exclusive. (De l’intégration, p. 198-199).

851. L’immensité du ciel

Dire que la révélation objective est close avec la fin des temps apostoliques signifie le caractère définitif, insurpassable, de la Parole divine proférée en Jésus. « Mes paroles ne passeront pas ». La plus importante de ces paroles étant la parole en acte de sa croix et de sa résurrection. Cependant la Parole définitive de Dieu est si profonde qu’elle creuse l’espace où peut se faire entendre son silence, de même que les astres révèlent l’immensité du ciel nocturne. (Dramatique, II, 1, p. 87-88).

852. Prier de tout son être

Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous pécheurs, non avec des paroles, mais avec ton être même. (Triple couronne, p. 63).

853. Chercher le perdu

Pour la créature douée de liberté, il y a la possibilité de périr. Et le Père fait don de son Fils pour qu’il aille vers en bas chercher le perdu jusque dans la mort et l’enfer. (Les grands textes sur le Christ, p. 154).

854. Dialogue

Même si l’homme reste muet en face de Dieu, cela ne change rien au fait que le fondement de sa nature, qu’il le veuille ou non, soit engagé dans un dialogue avec Dieu (Dramatique, p. 92).

855. Pauvreté

Est pauvre celui qui n’a pas encore reconnu Dieu. (La gloire et la croix, IV, 3, p. 106. A propos de Hölderlin).

856. La rose

La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit, elle n’a pas souci d’elle-même, ni ne désire être vue. (La gloire et la croix, IV, 3, p. 187. Angelus Silesius, cité par Heidegger).

857. La mission

Tout chrétien a une mission. Tout chrétien doit vivre son existence comme une mission. Et on ne peut pas s’attribuer à soi-même cette mission, on doit la recevoir de Dieu. Et toute mission reçue est au profit de l’Eglise et de l’humanité. Et il faut se rappeler qu’en chacune de ses phases, une mission dépend de celui qui la donne, qu’elle peut toujours être transformée, et que l’acte de disponibilité immédiate envers Dieu ne peut jamais devenir du passé. (Nouveaux point de repère, p. 45).

858. La gloire de Dieu

La gloire de Dieu, c’est l’amour éternel qui rayonne de la croix et de la résurrection. (Cordula, p. 100).

859. La puissance et l’impuissance

Dieu est venu là où personne ne l’attendait. Il n’est pas venu au-devant des spéculations des sages et des docteurs et des religions, il n’est pas venu dans la gloire, le tonnerre et la tempête ; il est venu là où personne ne l’attendait : dans la chair qui est faiblesse. C’est elle que Dieu choisit pour exprimer la puissance et l’impuissance de Dieu qui assume tout ce qui est faible et transitoire. (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 298).

860. La grisaille

La plus grande partie de la vie des saints est grisaille quotidienne. (Triple couronne, p. 118).

861. Le monde sans Dieu

(Que se passe-t-il quand l’homme organise le monde sans Dieu? C’est le collectivisme ou le nazisme, ou le culte du dictateur. On sacrifie l’existence individuelle à l’humanité collective. Il faut que les gens meurent aujourd’hui pour des lendemains qui chantent). (Cf. Dramatique, II, 1, p. 35).

862. L’Inconcevable

Par sa « Parole », dans sa révélation surnaturelle, Dieu a la puissance étonnante d’exprimer son altérité abyssale d’une manière intelligible et appropriée au monde, donc sans cesser d’être l’Inconcevable. (La nouvelle Alliance, p. 232).

863. Dialogue

On ne devrait jamais souffrir dans un dialogue une parole qu’on jugerait déplacée dans la prière. (Points de repère, p. 205).

864. Enfer

Péguy avait quitté l’Eglise parce que le dogme d’un enfer éternel lui paraissait intolérable. Péguy : « Il faut se sauver ensemble. Il faut arriver ensemble chez le bon Dieu… Qu’est-ce qu’il nous dirait si nous arrivions… les uns sans les autres? » (La gloire et la croix, II, 2, p. 308.314).

865. Trajectoire

La trajectoire de l’homme créé, qui commence en Dieu, peut ensuite s’éloigner de lui; elle est capable de retourner à Dieu dans la mort : parce qu’elle est engagée dans la trajectoire du Fils incarné. (Dramatique, IV, p. 277).

866. Théophanies

La théophanie du Baptême au Jourdain ainsi que celle du Thabor sont la manifestation publique, dans son aspect visible et corporel, de sa dignité de Fils éternel de Dieu, de sa relation au Père, dont la voix retentit et le désigne; et aussi de sa relation à l’Esprit qui descend sur lui ou l’enveloppe en rayonnant comme gloire de Dieu. (La gloire et la croix, I, p. 168).

867. La nourrice

Voilà la sagesse éternelle qui scrute les profondeurs de la divinité et qui, engendrée avant l’étoile du matin, a formé le plan de tous les mondes et de toute leur histoire, de tous les destins et de tous les cheminements des êtres, et voyez maintenant comment elle se met à balbutier et à s’exprimer à la manière d’une nourrice, comment elle raconte de petites histoires, des histoires « vraies », qui peut-être même sont réellement arrivées : « Il était une fois un homme qui avait deux fils… » Et les enfants écoutent attentivement, ils applaudissent et réclament : encore une histoire (Le coeur du monde, p. 60)!

868. Une évidence insurpassable

On ne peut pas prouver la résurrection de Jésus. Ce qui peut être prouvé, c’est uniquement la conviction des témoins et de l’Eglise primitive… Cette manifestation du Ressuscité à eux, hommes mortels, à eux qui l’avaient connu avant sa mort, était si vivante que, pour ceux à qui elle fut donnée, elle devait tenir lieu de preuve au sens d’une évidence objective insurpassable. (Le mystère pascal, p. 223).

869. La colère de Dieu

Le mystère de la rédemption dans l’Apocalypse : la colère de l’Agneau est aussi grande que celle du Père. Mais pour réconcilier le monde avec Dieu, il boit au mont des oliviers la coupe de la colère de Dieu, jusqu’à la lie, souffre de la peur de la mort et l’absence de Dieu qu’éprouvent les pécheurs, se charge de toutes les fautes de ses frères, les hommes, et met ainsi fin à la colère de Dieu (L’Apocalypse, p. 47).

870. Le chemin de l’insouciance

Aucun chrétien n’a le doit de tourner le dos à la croix, ni de prendre le chemin de l’insouciance comme si le drame qui s’est déroulé au Golgotha ne le concernait plus. (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 197-8).

871. Le Père invisible

Il fallait que le Père demeure invisible pour que l’homme n’en vînt pas à mépriser Dieu et qu’il eût toujours vers quoi progresser. Mais le Père invisible se rend visible dans le Verbe qui est son Fils et qui nous le fait connaître comme Père aimant et Créateur de toutes choses (Saint Irénée, dans Dramatique, II, 1, p. 119).

872. La prière non exaucée

La volonté humaine de Jésus pouvait se heurter à une limite imposée par la volonté du Père, comme dans la prière à Gethsémani, et ceci se marque dans la formulation au conditionnel : « s’il est possible ». Mais Jésus se plie d’emblée à cette limite : pour sa volonté absolue d’obéissance, là où il surmonte sa propre volonté humaine, il n’existe aucune sorte de limite.

Or quelque chose d’analogue peut arriver à celui qui a la foi animée par la charité; s’il lui est permis de pénétrer par la prière dans les profondeurs de la volonté de Dieu et de lui « arracher » des choses qu’un autre croyant, moins filialement abandonné, n’aurait pas obtenues, il peut aussi se heurter à une limite d’ailleurs imprévisible : alors il éprouve qu’un bien particulier ne peut lui être accordé en raison d’un bien plus important. Mais pas plus pour le croyant qui prie que pour le Fils, cette expérience négative ne s’interprète comme une fin de non recevoir ou un refus : c’est un fait. (Dramatique, II, 1, p. 259).

873. La mort de Marie

On ne peut certainement pas douter que Marie eut réellement une mort humaine et ne fut pas directement transférée d’un état terrestre à l’état céleste. Même si la mort, comme nous la connaissons aujourd’hui, est venue dans le monde par le péché, le Christ a pourtant assumé cette mort du pécheur pour la pacifier du dedans et la transformer en un acte de libre abandon au Père…

Si le pécheur est contraint en mourant de remettre son esprit dans les mains de son Créateur et Père, Marie a depuis longtemps consenti à cet abandon. Que la vie terrestre lui soit enlevée, ce n’est dans son esprit que la dernière forme de l’acceptation : « Qu’il me soit fait selon ta parole ». C’est pourquoi il convient d’invoquer la Mère justement pour cette heure décisive de notre passage : « Maintenant et à l’heure de notre mort ». Depuis son premier oui, elle a chaque jour passé à Dieu en une sorte de mort, elle s’est tellement entraînée à l’acte de la remise de soi-même qu’elle est devenue en quelque sorte la grande experte de la mort chrétienne. Elle a vécu dans un constant passage de la vie en soi-même à la vie en Dieu. (Triple couronne, p. 114).

874. Chercher à comprendre

La foi est toujours obéissance même lorsqu’elle cherche à comprendre… Et ce n’est que par la foi que nous comprenons (Karl Barth, p. 61. 90).

875. La grâce de la présence

Le Seigneur se dérobe à celui qui le cherche et se tourne vers lui, mais jamais sans lui avoir transmis la bénédiction et la grâce de sa présence. (La vérité est symphonique, p. 109).

876. La faute d’autrui

Ce n’est pas le devoir des chrétiens de s’interroger sur l’éventuelle faute d’autrui. (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 199).

877. La liberté

Si l’homme refuse Dieu, le Sauveur, le bon pasteur se trouve dans une impasse, car les brebis sont toujours libres de le suivre ou non. Le juste n’est sauvé qu’avec peine (1 P 4, 18) car il y aura toujours quelque part une insuffisance et un refus. (Dramatique, IV, p. 264).

878. Existence chrétienne

L’existence chrétienne n’est digne de foi que si nous sommes comme « des gens qui vont mourir et nous voilà vivants, comme des gens qui n’ont rien, nous qui possédons tout, comme des pauvres, nous qui faisons tant de riches » (2 Co 6, 9-10). (Retour au centre, p. 147).

879. Pierre

Tout ce qu’on a reproché à l’Eglise (romaine) est préfiguré dans les fautes de Pierre, que l’histoire évangélique ne tait pas, surtout l’évangile de Marc. Ce problème ne sera jamais définitivement résolu. (Schelling, cité dans Le complexe antiromain, p. 156).

880. Pâques

Jésus qui crie sur la croix son abandon par Dieu, est déclaré juste par Dieu au jour de Pâques. (Nouveaux points de repère, p. 200).

881. Le risque

Le risque qui consiste à recevoir son existence à chaque instant de la main du Père par l’intermédiaire de l’Esprit Saint : (c’est le risque que court le Fils). (Théologie de l’histoire, p. 64).

882. Surprise

Il y a en Dieu vie éternelle, ce qui signifie surprise éternelle, et il en sera de même pour nous. (Adrienne von Speyr citée dans Dramatique, IV, p. 365).

883. On ne peut pas l’inventer

Le Christ pour Pascal : le monde ne peut pas l’inventer, il est humainement impossible. Rien, à partir du monde, ne pouvait ni l’exiger, ni le soupçonner, ni le projeter. (La gloire et la croix, II, 2, p. 107).

884. La liberté de Dieu

Il y a beaucoup de points de vue différents sur Dieu dans la sainte Ecriture parce que Dieu est beaucoup trop grand pour qu’une seule vue sur lui puisse contenir tout l’essentiel. D’autre part Dieu est aussi beaucoup trop libre pour qu’il ne puisse inspirer que d’une seule manière un écrivain sacré. (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 66).

885. La tâche terrestre

Les yeux de l’Eglise levés vers le ciel ne compromettent pas la fidélité et l’exactitude de l’accomplissement de sa tâche sur terre, mais la favorisent et la rendent tout simplement possible. (La prière contemplative, p. 299).

886. Le bruit

Le serviteur ne fait pas de bruit. (Citation dans Dialogue avec Karl Barth, p. 62).

887. Inouï

La vraie science biblique enrichit d’une manière inouïe notre représentation de la Révélation. (Cordula, p. 78).

888. Quatre évangiles

L’Esprit nous présente quatre évangiles différents que l’Eglise n’a pas tenté de réduire à un seul parce que, pour elle, aucun évangile n’a reflété le témoignage du Christ, du Verbe incarné, dans toute sa richesse… La peine que prennent les évangélistes pour transmettre même des paroles de Jésus… qu’ils ne comprenaient peut-être plus tout à fait, ou qui les gênaient, montre combien était forte la volonté d’exactitude historique. (La nouvelle Alliance, p. 133-136).

889. Tentation de puissance

L’intégrisme : son erreur est la tentation de puissance. (Qui est chrétien?, p. 111-113).

890. La croix

Si le Christ réclame de ceux qui le suivent de porter eux aussi la croix chaque jour, il est impensable qu’il ait pu exiger des autres ce qu’il n’était pas disposé à porter lui-même. (D’après saint Irénée dans Dramatique, IV, p. 296).

891. Marie

Marie accompagne le Dieu incarné du berceau à la tombe et, au-delà, à la vie glorifiée. (Marie, première Eglise, p. 122).

892. Le Messie

Le Messie est apparu autrement qu’Israël l’avait espéré, d’où toutes les difficultés qu’il a eues pour l’accepter. (Dramatique, II, 2, p. 12).

893. Comprendre

« Si tu comprends, ce n’est pas Dieu ». (Saint Augustin, dans Théologie des Exercices, p. 76).

894. L’énigme

Toute la philosophie, tout l’effort de réflexion de l’humanité sur elle-même « tourne autour de l’énigme de l’être du monde, de la vie, de l’homme, de l’histoire et de la mort ». (La vérité est symphonique, p. 40).

895. Reniements et fidélité

Dieu tient parole même quand l’homme, son enfant et sa créature, le renie. La rupture est alors si profonde que Dieu pourrait presque être tenté de renier l’homme, son enfant, qui le renie. On découvre de telles cassures dans l’ancienne Alliance. Un jour, « Dieu se repent d’avoir fait l’homme sur la terre » (Gen 6, 6). « Il se repent d’avoir donné la royauté à Saül » (1 Sam 15, 11). « Il se repent du bien qu’il a fait à Israël » (Jr 18, 10). Et cependant, après cela, il se repent encore de s’être repenti et il va jusqu’à conclure une alliance éternelle avec Noé (Gen 9, 15) et il promet une alliance éternelle avec Israël (Jr 26, 3) parce que « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Ro 11, 29), au-delà de tous les fossés historiques de réprobation et de rejet, de reniement.

L’homme est si près du coeur de Dieu que le refus de l’homme de poursuivre le dialogue avec lui brise le coeur de Dieu. Et parce que Dieu est fidèle à sa parole, même quand on le renie, il maintient intactes ses dispositions intérieures même dans l’état de rupture. Jésus Christ est l’Alliance intacte et le dialogue impossible à rompre, en qui Dieu place tout ce qui est sujet à brisure. (De l’intégration, p. 243-244).

896. Les religions mythiques

L’ancienne Alliance est une éducation du peuple juif en vue de l’arracher aux profondeurs des religions mythiques pour lui permettre une vie dans le domaine du Dieu vivant et saint. (De l’intégration, p. 185).

897. L’Inaccessible

« Nul n’a accès à toi car tu es inaccessible; et personne ne te saisira si tu ne te donnes pas toi-même ». (Nicolas de Cuse, dans Dramatique, II, 1, p. 250).

898. Nos petites excuses

Dieu nous a créés de telle sorte que, pour être nous-mêmes, nous devons entendre la Parole de Dieu. Il nous en a donné le pouvoir avec le devoir… Et toutes nos petites excuses n’y changent rien. (La prière contemplative, p. 31).

899. Faire l’important devant Dieu

Dieu n’est pas un dompteur qui fait faire aux âmes des prouesses extravagantes, mais un amoureux qui ne veut rien d’autre qu’un grand amour, qui reçoit en souriant ce que cet amour lui offre comme une trouvaille, mais rejette tout ce par quoi l’homme, si secrètement que ce soit, veut faire l’important devant lui. (Grains de blé II, p. 63-64).

900. Le pieux repas

Les plaies du corps du Christ deviennent la demeure ouverte aux croyants… Les plaies ne sont pas guéries; elles ne se cicatrisent pas; elles restent béantes et rayonnantes. L’Agneau, vivant sur le trône de Dieu, reste pour l’éternité « comme égorgé ». Paul nous avertit que par la célébration de ce mystère nous proclamons la mort de Jésus. Il veut dire par là que nous devons être conscients qu’il ne s’agit pas de participer simplement à un pieux repas. Saint Paul ne parle pas alors de la résurrection, qui est à l’arrière-plan, puisque sans la résurrection la proclamation de la mort n’aurait pas de sens. (Jésus nous connaît-il?, p. 51).

901. Comprendre

« Si tu comprends, ce n’est pas Dieu » (Saint Augustin dans Théologique, II, p. 106).

902. La messe du dimanche

Pourquoi le chrétien irait-il à l’église le dimanche sinon pour y rencontrer sans cesse le don que Dieu lui destine afin de se l’incorporer. (Points de repère, p. 217).

903. Une idée de Dieu

Le Christ a quitté l’infini de la « forme de Dieu »; il s’est risqué dans la finitude et le vide du temps… pour se confier à la volonté du Père qui lui était donnée à chaque instant, sans que l’éternité lui fournisse aucune sécurité. Ce n’est pas lui qui décide de l’heure, ce n’est pas lui qui la connaît; le Père seul l’a en son pouvoir. Il se laisse conduire avec la patience qui caractérise l’attitude fondamentale du chrétien dans la foi, l’espérance et la charité, comme une indifférence orientée vers le Père. En émergeant ainsi de l’éternité dans le temps, le Fils de l’homme a connu l’angoisse et de ce fait il a traduit en langage humain quelque chose de divin, d’inaccessible (car c’est cela la Révélation : nous rendre accessible ce qui en soi est inaccessible) : les affres, le tremblement de Dieu pour le monde, sa création, qui menace d’être perdu pour lui. Et qui voudrait objecter que cela est incompatible avec l’éternité bienheureuse de Dieu, aurait une bien pauvre idée de Dieu. (Le chrétien et l’angoisse, p. 143-144).

904. Rencontrer et trouver Dieu

L’homme est capable de percevoir le Dieu qui le rencontre et qui se révèle à lui. L’homme a été créé et équipé par la nature, en tant que créature, pour rencontrer et trouver Dieu en toutes choses, et par conséquent pour pouvoir aussi trouver. C’est cela la nature véritable de l’homme. (Karl Barth, p. 234-235).

905. La pénitence du Christ

Quand on interrogeait Jean-Marie Vianney sur sa méthode qui faisait fondre les pécheurs endurcis, il répondait : « Voici ma recette : je donne aux pécheurs une petite pénitence et j’accomplis le reste à leur place »… Jean-Marie Vianney faisait pénitence non pas comme si la pénitence était son oeuvre propre, mais en y voyant cette participation minimale à la pénitence du Christ qu’on devrait décemment offrir. (Catholique, p. 117).

906. Une lumière

« Il est tout aussi ridicule qu’irrespectueux de se demander ce que cela peut bien vous faire d’être Dieu fait homme »… Mais l’historien peut seulement dire ceci : « Ce qui s’est passé alors en réalité, l’historien en tant que tel ne peut rien en dire… Que cet homme soit le Fils de Dieu, la recherche historique sur la personne de Jésus ne peut ni le prouver, ni le réfuter » (Dahl). Pour pouvoir en dire plus, l’exégète a besoin, comme tout autre croyant, de la même lumière que celle reçue un jour par Pierre : « Ce ne sont ni la chair ni le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux » (Mt 16, 17) : une lumière venant de la région même d’où provient la personne de Jésus et dans laquelle il est chez lui : « Mon Père qui est dans les cieux ». (Les grands textes sur le Christ, p. 212).

907. La patrie de l’homme

La patrie après laquelle l’homme soupire, c’est Dieu. Ce n’est pas l’homme qui est chez lui dans le monde, c’est le monde dans l’homme. Et il est là pour l’homme… Quand l’homme a atteint son but, le monde atteint le sien avec lui. Mais il ne s’agit pas d’un changement de lieu, comme si l’homme devait sortir du monde pour passer à Dieu, mais c’est lui et le monde qui est sien qui changent d’état… Telle fut dès l’origine l’intention Du Créateur : que la créature soit pleinement elle-même quand elle est en Dieu, que l’homme soit pleinement libre lorsqu’il demeure dans la liberté éternelle. (Triple couronne, p. 100).

908. Remonter jusqu’à Jésus

Le saint et le pécheur sont des figures complémentaires. « Le pécheur tend la main au saint puisque le saint donne la main au pécheur. Et tous ensemble, l’un par l’autre, l’un tirant l’autre, ils remontent jusqu’à Jésus ». (Péguy dans La gloire et la croix, II, 2, p. 328).

909. Une percée

Si le Christ n’était pas ressuscité, il n’y aurait ni Eglise, ni foi… Il est passé à une forme d’existence qui a laissé la mort derrière elle une fois pour toutes. Contrairement à ceux qu’il a ressuscités, Jésus est soustrait aux limites de ce monde et à la corruption, il vit pour Dieu pour les siècles des siècles… Cet événement est sans analogie. Il dépasse d’une manière unique tout notre monde de vie et de mort pour nous frayer, par cette percée, une nouvelle route vers la vie éternelle de Dieu. (Le mystère pascal, p. 182-186).

910. La foi

Notre foi chrétienne est quelque chose de bien concret et de presque tangible. (La foi chrétienne est une, p. 3).

911. La non-compréhension

La nouveauté qu’apporte Jésus est si unique que seule sa personne, seule l’expérience que nous faisons avec lui peuvent nous y faire entrer. Et le premier degré de cette initiation restera toujours une non-compréhension (Lc 2, 50) de ce qu’il nous dit. (Triple couronne, p. 45).

912. Les saints

A travers les époques de l’histoire chrétienne, le rôle des saints est de revivifier l’évangile. A travers la redoutable intensité des prophètes, de Jésus, de saint Paul, de saint Jean, les saints ont ressenti comment l’infini approchait toujours plus immédiatement, comment la parole humaine, le geste humain, n’étaient qu’une mince pellicule qui séparait de lui. (Dieu et l’homme d’aujourd’hui, p. 206).

913. Le secret de son âme

Marie n’a certainement pas reçu le sacrement de la confession, mais personne n’a comme elle dévoilé à Dieu le secret de son âme, non seulement de temps à autre, mais à chaque instant de son existence. (Marie pour aujourd’hui, p. 43).

914. La proximité du Dieu vivant

Tous les moyens de grâce dans l’Eglise (les organes et les fonctions dans l’Eglise, le ministère et les hommes qui l’exercent, l’Ecriture sainte comme parole compréhensible, les sacrements comme signes visibles de la rencontre de Dieu et de l’homme, la tradition, l’exemple des saints et de tous les hommes à la foi vivante, l’ensemble solidement charpenté de l’année liturgique qui accueille le croyant et le conduit doucement de mystère en mystère)… tous les moyens de grâce dans l’Eglise sont comme des rampes destinées à éduquer le croyant et à l’entraîner en vue de risquer le saut, loin de tous les parapets… Tous les moyens de grâce dans l’Eglise ne veulent transmettre autre chose que la proximité du Dieu incompréhensible et de son amour. (Le chrétien et l’angoisse, p. 148-149).

915. Le coeur à nu

Dans la révélation, Dieu a voulu mettre son coeur à nu puisqu’il a livré son Fils unique. (Nouveaux points de repère, p. 113).

916. Un bonheur intangible

Un Dieu qui, du haut de son propre bonheur intangible, laisserait souffrir ses créatures et ferait servir ces souffrances à sa propre glorification, ne serait pas, avec sa créature, dans un rapport de modèle à imiter. Ce qui arrive, c’est que, dans l’oeuvre de réconciliation qui efface le péché du monde, le Fils de Dieu ne s’est pas tenu à distance dans l’état de séparation du « pur », car il a aimé en toute pureté en se mettant sans réserve dans la situation de faute et de fatalité de ses frères humains. ( De l’intégration, p. 83).

917. La petite vieille

Le croyant Bernanos disait son chapelet tous les jours, « comme une petite vieille », disait-il, et il ne se couchait pas avant d’avoir dit les complies (le dernier office de la liturgie des heures pour le clergé séculier comme pour les religieux et les religieuses). (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 154).

918. Digne de l’enfer

Le lien au Christ est indestructible. Quelqu’un peut bien s’efforcer de se séparer du Christ, il demeure toujours marqué par son appartenance au Christ, quand bien même choisirait-il une manière d’être digne de l’enfer. (M. Schmaus, cité dans Karl Barth, p. 506).

919. Constitution foncière

Obéir à Dieu et se tenir prêt à accomplir sa volonté se trouve inscrit dans la constitution foncière de la créature. Et pourtant ce n’est possible que par Jésus : « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). (La nouvelle Alliance, p. 188).

920. Le travail de l’Esprit

L’Esprit Saint travaille à universaliser le drame du Christ. Selon le symbolisme de la Pentecôte, c’est lui qui est à même de transposer d’une langue à l’autre (Ac 2, 7-8). (Dramatique, II, 1, p. 80).

921. La relation interpersonnelle

La connaissance de foi a d’innombrables degrés de profondeur… La relation interpersonnelle nous apprend à connaître l’intimité d’une autre personne dans la mesure où elle nous fait entrer plus avant dans sa liberté insaisissable; au lieu de diminuer, elle grandit devant nous et nous grandissons en elle. (La vérité est symphonique, p. 28).

922. Perdre le contact avec Dieu

Il ne faut pas dire que Jésus a été « châtié » par Dieu à la place des pécheurs. On ne dira pas non plus qu’il se sentait « damné » par Dieu et jeté « en enfer », car la manière dont nous nous représentons l’enfer est liée à une haine de Dieu. Il serait simpliste d’attribuer au Crucifié un quelconque ressentiment à l’égard du Père. Mais il est tout à fait possible que la souffrance vécue de ce qui aurait été la condition de pécheur, à savoir la séparation de Dieu – peut-être la séparation définitive et radicale – ait pu entrer dans l’expérience du Fils de Dieu. On peut même dire que personne n’a davantage souffert de l’abandon par Dieu que le Fils dont toute la vie n’a été qu’une union avec le Père, dont la nourriture était de faire sa volonté, et il continue de la faire sans qu’il s’en rende encore compte. Par toutes les fibres de son être, il est attaché à ce Dieu qu’il ne sent plus parce que, dans ce moment, au nom des pécheurs, il doit sentir ce que signifie avoir perdu le contact avec Dieu.

923. Le prestige et la vérité

A la Libération, il aurait fallu que l’Eglise punît elle-même ses coupables, ou du moins les forçât à se démettre, comme faisait de son côté l’Etat pour ceux de ses fonctionnaires qui avaient failli à l’honneur. Il est profondément regrettable que l’Eglise ait été compromise par un certain nombre d’hommes sans coeur et sans cervelle, mais comment cacherions-nous un fait connu de tous? On ne peut espérer sauver à la fois les vérités et les prestiges. En s’y essayant, on nuirait à l’Eglise plutôt qu’on ne la servirait. (Bernanos, dans Le chrétien Bernanos, p. 548).

924. Hors de l’Eglise et dans l’Eglise

« Hors de l’Eglise, pas de salut ». Cela veut dire que l’Eglise est la gardienne et la gérante authentique de l’héritage du Christ et que, cependant, il existe des manières d’appartenir à l’Eglise qui ne sont pas liées à son organisation extérieure. (Dramatique, II, 1, p. 102).

925. Les difficiles

Les choses auxquelles Dieu s’intéresse dans notre obéissance ne sont pas celles qui nous paraissent faciles, mais les difficiles. (Triple couronne, p. 62).

926. Prétention sans égale

L’homme Jésus de Nazareth émet cette prétention sans égale de pouvoir parler et agir avec l’autorité du Dieu d’Israël et du Créateur du monde et d’être finalement comme homme la parole définitive de Dieu à Israël et au monde entier. Cette prétention insurpassable… Jésus la présente avec un degré incomparable d’humilité, de naturel, de proximité envers les pauvres et les méprisés, comme l’accomplissement et pourtant le dépassement inattendu de la prophétie de l’Ancien Testament. (Aux croyants incertains, p. 21).

927. La grâce et la colère

La grâce de Dieu, si souvent attestée dans l’ancienne Alliance, ne saurait être séparée de sa colère, attestée elle aussi en mille endroits, contre le péché et la rupture d’alliance. (Dramatique, III, p. 184).

928. Le serviteur

Dieu ne pourrait pas être Seigneur s’il n’avait pas la liberté d’être aussi serviteur. (La nouvelle Alliance, p. 372).

929. Incommunicable

Ce que savait la Vierge lorsque sa grossesse devint visible… n’était pas communicable. (Méditation chrétienne, p. 52-53).

930. Le bon chrétien

« Je me sens plutôt tenter d’écrire pour les mauvais esprits. Qui sont ces mauvais esprits au jugement de beaucoup de catholiques? Ce sont des gens que le diable pousse à nous méconnaître, nous autres croyants, à nier nos talents, nos vertus. Il est pourtant probable qu’un grand nombre de ces mauvais esprits n’ont rien à voir avec le diable. C’est peut-être le Bon Dieu lui-même qui les a rendus particulièrement sensibles à nos défauts, à nos ridicules, à la contradiction souvent scandaleuse entre nos principes et nos vies, à beaucoup d’autres choses encore, afin d’humilier en nous cet orgueil pharisaïque, par lequel l’esprit de synagogue survit chez nous à la synagogue détruite ». (Le chrétien Bernanos, p. 174-175).

931. Les frontières de l’Eglise

Le vieil axiome : « Hors de l’Eglise, pas de salut », on ne peut plus l’accepter aujourd’hui dans son sens littéral. Déjà Augustin aimait rappeler que beaucoup d’hommes qui paraissent être au dehors sont en réalité au dedans, et inversement, « ce qui est bien plus grave », beaucoup d’hétérodoxes, beaucoup de chrétiens anonymes sont bien plus chrétiens que certains pratiquants orthodoxes… Finalement, c’est la tête de l’Eglise qui décide, dans ses jugements insondables, qui, sur terre, au dedans et au dehors de l’Eglise visible, a répondu à l’amour divin et à ses exigences. Donc il existe réellement une frontière, et l’Eglise n’a pas le droit de la supprimer ou de la déclarer sans importance; et en même temps il n’en existe pas parce que le Seigneur de l’Eglise, qui la fixe en dernier ressort, n’est pas lié (par les frontières visibles de l’Eglise). (Points de repère, p. 209-210; 221).

932. Le frère

Celui qui espère pour son frère espère que ce frère trouvera Dieu, le Christ et l’Eglise. Désirer dans l’amour quelque chose d’autre pour son frère n’en vaudrait pas la peine. (Dieu et l’homme d’aujourd’hui, p. 295).

933. Neutralité

Au fond le credo est une prière, une adoration… On ne peut parler de Dieu de façon neutre. Ou bien on consent à son existence et on se soumet à sa souveraineté, ou bien on le nie, et alors (puisqu’il n’existe pas), ce n’est pas la peine d’en parler. (La foi chrétienne est une, p. 12).

934. Un comportement responsable

Si une parole de Dieu parvient jusqu’à nous, elle impose en retour un comportement responsable qui la transpose dans l’existence humaine. (Simplicité chrétienne, p. 87).

935. Participation

Personne ne devient un saint sans participer, à sa mesure, à la croix. (Nouveaux points de repère, p. 196).

936. Stupéfaction

Le vrai Dieu ne peut se rencontrer que dans la stupéfaction. Le Christ appelle ça le « trésor caché » que seuls trouvent les pauvres en esprit… Qui se vante d’être riche n’a encore rien compris… Tout commence vraiment par une ignorance devenue consciente d’elle-même par la réflexion. (La gloire et la croix, IV, 3, p. 20-21).

937. L’Eglise et Marie

« Sainte est Marie, bienheureuse est Marie, mais l’Eglise est meilleure que la Vierge Marie. Pourquoi? Parce que Marie est une partie de l’Eglise, un membre saint, un membre excellent, un membre suréminent, mais pourtant un membre du corps tout entier. Et assurément le corps tout entier est plus qu’un membre particulier ». (Saint Augustin, dans Dramatique, II, 2, p. 241).

938. Le baptisé

Tout baptisé dit un oui fondamental à la volonté de Dieu tout entière. (Nouveaux points de repère, p. 311).

939. Les écluses du ciel

Ce qui est demandé à celui qui prie, c’est d’être « malléable ». Souple et malléable dans la main du potier divin. Que son amour pour Dieu soit obéissance… Une réceptivité à la volonté de Dieu, à ses inspirations, au plus léger signe… L’obéissance veut être en contact vivant avec la volonté divine… « Qu’il me soit fait selon ta parole » est une déclaration qui ouvre les écluses du ciel. (La prière contemplative, p. 109).

940. Une attention amoureuse

L’amour veut reposer et demeurer auprès de l’aimé. D’où le conseil : ne pas chercher sans cesse, ne pas vouloir agiter des pensées toujours nouvelles et dénicher des aspects nouveaux… mais porter une attention amoureuse à la dimension profonde de chaque aspect particulier qui se présente. Chaque mot de l’Ecriture mène directement et verticalement dans les profondeurs de Dieu, donc au coeur de la plénitude et de l’unité où tous les mots et tous les aspects extérieurs se rejoignent. C’est lui, le Fils du Père, qui est cette plénitude. (La prière contemplative, p. 138).

941. L’imprévisible

Le coeur de la sainteté : abandon serein à l’imprévisible volonté de Dieu. (La gloire et la croix, IV, 2, p. 202).

942. Mystère de foi

L’eucharistie est pur mystère de foi, il n’y a de visible en elle que le symbole de la nourriture et de la boisson, aucune expérience subjective ne peut être présentée comme critère de vérité objective. (La gloire et la croix, I, p. 448).

943. Les canaux

Ce qui, dans l’Eglise, n’est que structure et appareil ne représentera jamais la vérité totale de l’Eglise. Structures et fonctions (y compris la la fonction sacerdotale, la hiérarchie des évêques, tous les aspects de la vie du clergé) sont des canaux destinés à conduire, intactes, les grâces et les vérités divines là où elles doivent aller, c’est-à-dire dans le coeur des hommes. (Le chrétien Bernanos, p. 81).

944. Les raisons intimes

Ce qui compte, c’est que, lorsque l’homme prend une initiative, la docilité envers Dieu reste la plus intime des raisons qui le font agir. (L’engagement de Dieu, p. 24).

945. Dieu n’est pas un objet

La vie éternelle des créatures spirituelles ne saurait consister en une simple « vision » de Dieu… Dieu n’est pas un objet, mais une vie constamment actualisée dans l’éternité… La créature doit vivre au ciel non en face de Dieu, mais dans son intimité… Il y a identité substantielle entre la vie terrestre de la foi et la vie de l’au-delà. (Dramatique, IV, p. 386).

946. Se trouver soi-même

En nous abandonnant à l’amour absolu, non seulement nous ne sommes pas aliénés à l’égard de nous-mêmes, mais nous nous trouvons nous-mêmes pour la première fois. (La nouvelle Alliance, p. 351).

947. Dieu veut être cherché

Le Dieu caché de Paul est visible dans sa création; Lui qui dépasse infiniment le monde n’est loin d’aucun homme et il veut être cherché avec nostalgie constamment et à travers tout. (La gloire et la croix, IV, 3, p. 13).

948. La gloire et la croix

Le but des livres du P. Balthasar « La gloire et la croix » : confronter la révélation chrétienne avec tous les autres projets, réels ou possibles, issus de la raison humaine. (Points de repère, p. 220).

949. Oraison et lecture méditée

« L’oraison thérésienne n’a donc jamais cessé d’être une lecture méditée de l’Ecriture, et tout particulièrement de l’évangile, où, lorsqu’elle était victorieuse d’un sommeil toujours menaçant, la carmélite inlassablement fidèle à sa règle trouvait l’aliment non seulement de sa piété, mais de son esprit ». (A. Combes cité dans Thérèse de Lisieux, p. 347).

950. L’acte d’écouter la Parole de Dieu

L’acte d’écouter la Parole de Dieu est tout à la fois un acte de la prière, de la foi et de l’obéissance, une écoute dans l’Eglise et la Tradition… (Mein Werk, p. 19).

951. Obligé de soutenir un combat

De par sa constitution naturelle, l’homme est obligé de soutenir un combat parce qu’il garde constamment une tendance à s’enfermer dans sa finitude et sa mortalité pour se contenter de ses fins naturelles… Aucune voie désormais n’est ouverte pour l’achèvement de soi qui ne passe par la mort à soi-même avec le Christ… C’est seulement avec la grâce qu’il pourra s’efforcer d’entrer dans le renoncement nécessaire pour qu’il puisse se dépasser… La grâce est requise pour poser l’option qui ne replie pas la nature sur elle-même… Il y a une solidarité entre les hommes dans leur destin face à l’absolu et nous avons le droit et même le devoir d’être reconnaissants envers Dieu de ce qu’existe cette solidarité entre les hommes dans leur destin face à l’absolu… Dieu a pris sur lui le châtiment rigoureux qui pesait sur nous… Il n’a pas pris sur lui la faute de quelques-uns seulement mais de tous sans distinction. (Dramatique, III, p. 168-169).

952. L’homme et la femme en recherche

Mystère que l’homme soit toujours à la recherche de « sa » partenaire, la femme, mais qu’il n’arrive jamais à l’atteindre. Et il en est de même de la femme à l’égard de l’homme. Le moi humain est toujours à la recherche du toi qu’il peut effectivement trouver, mais sans jamais s’approprier cette altérité. La raison n’en est pas seulement dans le fait que la liberté du toi ne peut jamais être maîtrisée par le moi… étant donné que chaque liberté humaine… s’ouvre exclusivement à la liberté absolue et divine, mais aussi dans le fait que cette impossibilité est inscrite corporellement dans la constitution différente et complémentaire des sexes. (Dramatique, II, 1, p. 319-320).

953. Le respect de l’autre

L’amour n’assigne pas seulement des limites à la révélation de soi-même, il respecte aussi le mystère de la personne d’autrui. Jamais il ne cherchera à extraire par ruse du domaine intime d’un autre une vérité quelconque, jamais il n’arrachera de lui un aveu. (Phénoménologie de la vérité, p. 111).

954. Oser faire le saut

Pour oser faire le saut en Dieu, l’homme doit tenir la main du Seigneur Jésus. Ce saut suppose la totalité de l’homme; celui qui, sans hésiter, laisse à Dieu toute la place, celui-là peut être sûr de Dieu, tout obtenir de lui. (La foi du Christ, p. 32).

955. Cardinal

Un cardinal qui ne dit pas son nom faisait partie de la même promotion cardinalice que le Père Hans Urs von Balthasar. Voici ce qu’il raconte : « (… Balthasar, grand théologien du XXe siècle…) Désirant lui rendre hommage, Jean-Paul II décide de le faire cardinal alors qu’il a déjà plus de quatre-vingts ans. Balthasar apprend l’intention du pape au début du printemps 1988. Comme je le connais bien, nous nous téléphonons. Il me confie l’ennui que tout cela lui procure. Il redoute de venir à Rome pour participer à la cérémonie. Et il me dit, avant de raccrocher, cette phrase qui me va droit au coeur : ‘Dieu merci, je suis bien malade!’ Et de fait, il meurt deux jours avant la remise du chapeau ». Et le cardinal conclut en livrant ses pensées au sujet du P. Balthasar, au moment de recevoir lui-même du pape la barrette rouge : « Il était déjà ailleurs, vraiment ailleurs, lui ». (Dans Olivier Le Gendre, Confession d’un cardinal, p. 252).

956. Le coeur de Dieu qui bat

La Parole de Dieu devant laquelle le croyant s’agenouille est la Parole de Dieu qui lui est adressée : il est appelé et invité à y monter, et la Parole lui appartient, il peut l’entourer de ses deux bras et la presser contre lui, et il sent combien le coeur de Dieu y bat mystérieusement. (La prière contemplative, p. 135).

957. Destin

« En un sens qui n’appartient qu’à lui, Dieu éprouve réellement, au contact du monde, un destin. Dieu est ainsi fait qu’il peut éprouver un destin… C’est pourquoi la croix est le symbole par excellence. Qui lui porte atteinte enferme le monde dans une énigme incompréhensible ». (R. Guardini cité dans La nouvelle Alliance, p. 7).

958. Le destin du diable

Il ne peut exister de doctrine transparente du démoniaque. Les mystères de Dieu sont pour nous bien plus à nu que les mystères du mal. Ce qui est vertigineux chez le diable, c’est qu’essentiellement il veut mentir et refuse de se convertir. Ce que cette attitude représente demeure, en dernière analyse, un mystère qui n’est accessible à personne, même au pécheur le plus invétéré. Et c’est pourquoi le destin du diable est pour nous un mystère totalement inabordable. (Dramatique, IV, p. 186-187).

959. La fin du monde

La croix est la fin du monde. Saint Matthieu la décrit très explicitement comme telle. Et Pâques est un monde nouveau au-delà de l’abîme intemporel. (Les grands textes sur le Christ, p. 228).

960. Le jugement de Dieu

Le jugement dernier ne veut pas dire que ce jour-là chaque individu particulier se verra rempli de confusion devant les autres. La situation de profonde confusion du pécheur le concerne lui seul, devant Dieu seul. Dans le jugement particulier, on dépose tout sentiment d’envie ou de joie maligne vis-à-vis des autres; par ce jugement de Dieu, on ne peut plus considérer le monde et son histoire et les autres qu’avec les yeux de Dieu. (Dramatique, IV, p. 328).

961. Etre nous-mêmes

Dieu lui-même nous a créés de telle sorte que, pour être nous-mêmes, nous devons entendre la Parole de Dieu. Il nous en a donné, avec le devoir, le pouvoir. (La prière contemplative, p. 31).

962. Les idiots que nous sommes

L’Eglise, qui est composée d’une foule de pécheurs, ne pourra jamais correspondre entièrement à ce que Dieu attend d’elle… Dans leur ensemble, les pécheurs qui vivent en elle, et dont nous faisons tous partie, n’ont pas cessé tout au long de l’histoire de se comporter plus ou moins comme des idiots… Mais ils se sont rarement comportés de façon aussi idiote que de nos jours… « Ils ne savent pas ce qu’ils font ». Pourquoi je reste dans l’Eglise? Parce que, fait étrange, en dépit de tout ce qu’ils ont décidé, les idiots que nous sommes n’ont pas encore réussi à la faire périr… Plus on l’humilie, plus on découvre la place qu’elle doit occuper de plein droit. La dernière, cela va de soi. (Points de repère, p. 243-244).

963. La résurrection de Jésus

L’événement du Christ ne devient compréhensible dans sa totalité qu’à partir de la résurrection. La résurrection a été pour les premiers chrétiens la clef de la croix et la lumière qui leur a permis de déchiffrer chacun des épisodes de la vie de Jésus… Le chrétien vit de la résurrection dans la perspective de la croix; et il vit la crucifixion quotidienne dans la perspective de la résurrection. (Jésus nous connaît-il? p. 91-92).

964. Le soleil et la lune

L’Eglise n’est jamais le centre… sur lequel on devrait attirer l’attention. Elle est lune, non soleil… Elle est ‘réponse’ à la Parole glorieuse de Dieu… Ce qu’elle rayonne dans la nuit, c’est la lumière de l’espérance pour le monde. (La nouvelle Alliance, p. 471).

965. L’enfer

Le démoniaque n’est-il pas par lui-même rupture de toute communication? – Le curé de campagne de Bernanos à la comtesse qui croit haïr Dieu qui lui a ‘pris’ son fils : « L’enfer, madame, c’est de ne plus aimer ». (Le chrétien Bernanos, p. 119 et 331).

966. Il est mort à ma place

La pensée que le Christ est mort pour moi, à ma place, pour ma faute, devant Dieu, est tellement loin et si peu vérifiable! Le centre du credo, c’est le « pour nous ». Pour nous et pour notre salut il s’est fait homme, pour nous il a été crucifié, est mort, a été enseveli. De ce centre rayonnent les autres affirmations centrales du credo : la foi en la divinité vraie et consubstantielle de Jésus, la foi en la puissance de sa présence sacramentelle, la foi en son retour eschatologique pour juger les vivants et les morts, la foi en l’Esprit Saint qu’il nous a acquis, la foi en la vie éternelle dont il nous a ouvert l’accès. (Nouveaux points de repère, p. 369-370).

967. Motif de crédibilité

Les saints sont des hommes qui ont cherché à vivre uniquement en fonction de l’amour du Christ. C’est en eux que se trouve… l’unique motif de crédibilité de sa fondation. Grâce à eux apparaît clairement ce que l’Eglise est « authentiquement », à savoir ce qu’elle est dans son essence authentique. Au contraire, les pécheurs (qui ne croient pas sérieusement à l’amour de Dieu) l’obscurcissent essentiellement…, poussent à bon droit à la contradiction et au blasphème. (L’amour seul est digne de foi, p. 156).

968. Eucharistie

Le grand discours d’adieu de Jésus (qu’on trouve dans l’évangile de Jean) n’est en réalité que l’eucharistie traduite en paroles. (Tu couronnes l’année de tes bontés, p. 140).

969. Le contraire de l’ennui

Au ciel, chacun saura enfin qui il est en réalité et pourra ainsi pour la première fois faire de lui un don absolument unique. Mais ce don sera commun à tous si bien que nous plongerons éternellement non seulement dans les profondeurs toujours nouvelles de Dieu, mais aussi dans les profondeurs inépuisables de nos compagnons de création, les anges et les hommes. Non pas comme si tout pouvait être embrassé d’un seul regard, comme si dans une sorte d’indiscrétion on pénétrait tout au point de ne rien laisser à découvrir. Cela n’est pas possible parce que Dieu est liberté infinie et que toute personne créée participe à cette liberté qui ne peut être connue que si elle s’ouvre elle-même. C’est pourquoi le ciel sera le contraire de l’ennui. (Triple couronne, p. 121).

970. Etranger

La Parole de Dieu nous dit que le chrétien est un étranger dans ce monde, un monde qui le hait et le persécute. (Dialogue [avec Karl Barth], p. 25).

971. Gethsémani

Les choses auxquelles Dieu s’intéresse dans notre obéissance ne sont pas celles qui nous paraissent faciles, mais les difficiles. (Triple couronne, p. 62).

972. Chercher Dieu à tâtons

L’homme ne peut en définitive s’achever lui-même sans que Dieu s’ouvre librement à lui… On ne peut forcer le Dieu absolu à ouvrir par grâce son domaine intime. La noblesse de l’homme, c’est que sa liberté soit ordonnée à ce domaine le plus libre qui soit… L’homme est un être qui cherche l’absolu à tâtons (Ac 17, 27), Dieu se réservant de venir au-devant de cette recherche pour la mener à son achèvement quand il le veut et sous la forme qu’il veut. (L’engagement de Dieu, p. 90-91).

973. Les bras de Dieu

« La sainteté n’est pas dans telle ou telle pratique, elle consiste en une disposition du coeur qui nous rend humbles et petits entre les bras de Dieu, conscients de notre faiblesse et confiants jusqu’à l’audace en sa bonté de Père ». (Thérèse de Lisieux, p. 283 et 382).

974. La beauté

Si l’on est insensible à la beauté, on peut passer devant le plus pur chef d’oeuvre sans le remarquer… Refuser une oeuvre d’art est relativement sans conséquences. En revanche, rejeter la parole significative et décisive de Dieu peut devenir jugement pour celui qui s’en détourne librement… Le drame humain : essentiellement, il s’agit toujours de s’ouvrir ou de se fermer à une illumination de l’existence. (Dramatique, II, 1, p. 24-25).

975. Balbutier

Le premier mot que l’Esprit Saint nous apprend à balbutier comme enfants de Dieu est le mot « Abba », Père (Ro 8, 15; Ga 4, 6). L’Esprit Saint qui nous est donné est donc en premier lieu un esprit de dialogue avec Dieu, de prière; et à partir de là seulement un esprit d’entretien avec les hommes, de mission… La prière que le Fils nous a inculquée commence par le mot « Père »… L’Ave Maria aussi est une prière de l’Esprit (car l’ange a salué Marie dans l’Esprit Saint, et Elisabeth, en rencontrant Marie, fut remplie de l’Esprit Saint). Nous devrions nous soucier que toutes nos prières soient inspirées par l’Esprit… Aucun fidèle ne reçoit l’Esprit à titre privé, mais toujours en raison et en vue du Corps tout entier. (Triple couronne, p. 105; 108).

976. L’Idiot

Don Quichotte et l’Idiot de Dostoïevski ne sont-ils pas les symboles les plus frappants du Christ dans la littérature mondiale? (Le complexe antiromain, p. 58).

977. Se connaître

Il appartient aux grands bienfaits de Dieu qu’aucun homme ne se voit tel qu’il est; même s’il se regarde dans un miroir, il se voit transformé dans le miroir. Les autres découvrent de lui beaucoup de choses qu’il ne sait pas, mais par contre ils ne savent que peu de choses de ce que lui-même sait de lui. (Mein Werk, p. 9).

978. Stérilité

Toute action qui ne s’enracine pas dans la contemplation est livrée d’avance à la stérilité. (Cordula, p. 95).

979. Les balances éternelles

Le rapport du Christ à chaque événement terrestre repose tout entier en sa gracieuse liberté… Dans quelle proportion fait-il sienne une prière, une intention, un acte vertueux? Quel poids donne-t-il à tel homme, à telle nation, à telle époque dans les balances éternelles? Nous n’en savons rien. D’ici, nous ne pouvons qu’offrir… Tout ce qui… est amour, tout cela sert. l’action, oui, mais davantage la prière, le désir de se donner, la souffrance, l’échec, la mort. La mort reste au centre, elle est la grande chance : notre donation se dépasse pour devenir pure passivité dans les mains divines, c’est là que notre fécondité pour les hommes éclate et que nous entrons vraiment dans le grand Corps rédempteur. Ce fut le rythme de la vie du Seigneur : le couchant de l’homme était le levant de Dieu. ( Le Christ à venir, p. 231).

980. Volonté de puissance

Le désir de Dieu… ne peut être une volonté de puissance qui chercherait à prendre possession de Dieu, mais une volonté de se livrer, de se laisser saisir par lui. (La méditation chrétienne, p. 100).

981. La maison de famille

Oh! bien sûr, si le monde était un chef d’oeuvre d’un architecte soucieux de symétrie ou d’un professeur de logique, d’un Dieu déiste, en un mot, l’Eglise offrirait le spectacle de la perfection, de l’ordre, la sainteté y serait le privilège du commandement, chaque grade de la hiérarchie correspondrait à un grade supérieur, bien entendu. Allons! Vous voudriez d’une Eglise telle que celle-ci? Vous vous y sentiriez à l’aise? Laissez-moi rire; loin de vous y sentir à l’aise, vous resteriez au seuil de cette congrégation de surhommes tournant votre casquette entre les mains, comme un pauvre clochard à la porte du Ritz ou du Claridge. L’Eglise est une maison de famille, une maison paternelle, et il y a toujours du désordre dans ces maisons-là, les chaises ont parfois un pied de moins, les tables sont tachées d’encre, et les pots de confiture se vident tout seuls dans les armoires, je connais ça, j’ai l’expérience. (Le chrétien Bernanos, p. 223).

982. Le véritable amour

L’homme est par nature fait pour se révéler lui-même et pour s’ouvrir à la révélation des autres… Le véritable amour n’est capable d’aucune fausseté… L’amour est la communication désintéressée de soi-même, tout comme il est l’accueil désintéressé du prochain en soi. (Phénoménologie de la vérité, p. 106. 108-109).

983. La foi

La foi ne se ferme jamais sur une vérité donnée par Dieu, mais elle a pour caractère propre de se tenir disponible pour toute révélation possible de Dieu. (Théologie de l’histoire, p. 46).

984. Plénitude

La vérité, c’est que Dieu est mort par amour pour le monde, c’est que la nuit de la croix de Jésus Christ est la lumière pour l’humanité, donc pour moi. Toutes les sources de la grâce jaillissent de cette nuit. Tout ce que je suis, en tant que je suis plus qu’un être éphémère sans espérance, dont la mort anéantit toutes les illusions, je le suis par cette mort qui me donne accès à la plénitude de Dieu. Je fleuris sur la tombe du Dieu qui est mort pour moi, j’enfonce mes racines dans le sol nourricier de sa chair et de son sang. (Cordula, p. 22).

985. Echange

Le terme qui caractérise l’existence de Jésus Christ de la façon la plus centrale est celui de représentation, de substitution… La substitution est ce qui se passe sur la croix : l’innocent meurt pour le pécheur et, en mourant, peut l’emmener avec lui au Paradis… Il y a échange entre la sainteté du Christ et le péché des hommes. « Donne-moi ton péché afin que je te donne ma sainteté », dit le Crucifié. (Dans un article de Communio, janvier-février 1988, p. 22-23).

986. Un creuset

L’enfant qui naît sort, sans résister, de la Parole de l’origine. Celui qui, à l’heure de la mort, ne résiste pas à l’amour de Dieu retourne dans la Parole de l’origine, qui lui était antérieure. Le mouvement circulaire de l’homme sortant de Dieu pour retourner à lui n’est possible que parce qu’il s’inscrit dans la trajectoire du Verbe incarné qui, de sa naissance à sa mort, s’est déroulée en Dieu. Avec cette différence toutefois que l’homme qui est pécheur et s’est détourné de Dieu devra nécessairement être purifié par la grâce du Verbe et passer au creuset du purgatoire afin de retrouver la plénitude que Dieu avait voulue pour lui, la plénitude de son moi véritable. (Dramatique, IV, p. 93).

987. Toute la douleur du monde

Nous confessons Dieu le Père comme créateur du ciel et de la terre. On pourrait douter de la paternité de Dieu quand on jette un regard sur les horreurs de ce monde. L’assertion ne devient tolérable que lorsqu’on ajoute la suite : que ce Dieu n’est pas quelqu’un qui regarde d’en haut et du dehors, mais qu’il envoie en ce monde son Fils bien-aimé, et même le livre au supplice, afin de partager en lui toute la douleur du monde et la transfigurer du dedans. (Aux croyants incertains, p. 74-75).

988. Etre pratiquant

Ce n’est pas seulement suivre les voies sociales de l’année liturgique chrétienne et son cycle de dimanches et de fêtes avec présence à la messe. La pratique chrétienne se joue tout autant dans les voies (inconnues à l’avance) du destin personnel dont on prend particulièrement conscience aux jours de joie, mais sans doute plus intensément encore aux jours d’épreuves. Le chrétien est alors mis en demeure, et rudement, de donner effectivement à son existence le sens de tendre à Dieu. Il se heurte à ses limites, ressent son impuissance et est profondément déçu de soi et de sa vie; fauché par la mort, un être cher l’a quitté; un autre l’a traîtreusement abandonné; une bise glaciale souffle sur l’endroit vide et il s’agit de se décider pour Dieu ou pour le néant. Plus efficace encore est l’effet d’humiliations que le Seigneur a promises aux siens comme grande grâce et qui doivent toujours nous rappeler son souvenir. « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître » (Mt 10, 24). Elles sont le signe que le Seigneur et Maître n’a pas oublié son serviteur. (Qui est chrétien?, p. 105-106).

989. Les prétextes et les excuses

Dieu nous a créés de telle sorte que, pour être nous-mêmes, nous devons entendre la Parole de Dieu. Il nous en a donné le pouvoir avec le devoir… Avec la foi, Dieu nous a donné le pouvoir de l’entendre… Et toutes nos petites excuses n’y changent rien… La table de la foi demeure toujours garnie, que l’invité se présente ou se dérobe sous mille prétextes et excuses. (La prière contemplative, p. 31).

990. Les masques

L’homme ne décide qu’une fois ce qu’il sera… Devant la mort, tous les masques tombent. (Dramatique, I, p. 316).

991. Un homme pur et simple

L’affirmation centrale du credo est que « Jésus a été crucifié pour nous », comme déjà « pour nous les hommes et pour notre salut » il était descendu du ciel et s’était fait homme. Un homme pur et simple, quelques que soient ses dons, ne pourrait jamais enlever le péché du monde… Dieu le Père a permis à son Fils cette expiation. (Aux croyants incertains, p. 76).

992. Un pauvre homme

Les juifs… ont connu la dérision de voir le Messie sous la forme d’un pauvre homme pendu à des clous, au bord de la grand-route, parmi la foule indifférente ou goguenarde montant vers Jérusalem. (Le chrétien Bernanos, p. 310).

993. Incompréhensible

L’homme. Qui donc est-il? Un incompréhensible mélange qui tient à la matière par le bas et tire son origine de Dieu par le haut. (Dramatique, II, 1, p. 166).

994. Le passé et le futur

L’Ecriture. Par les actions passées de Dieu nous pouvons apprendre à mieux connaître le sens de ses actions présentes et futures. (Théologie de l’histoire, p. 186).

995. Tout laisser là

Dans la prière (et la méditation), sitôt que la Parole de Dieu me touche, je dois tout laisser là et suivre. (Théologie des Exercices, p. 93).

996. L’image que Dieu a de toi

Par la foi, je sais que je suis racheté par le sang du Christ, je sais donc que tu l’es également et que la foi m’oblige à voir, à respecter et à supposer en toi dans l’action l’image réelle suprême que le Dieu trinitaire a de toi. (La gloire et la croix, I, p. 359).

997. Proche ou lointain

Dieu veut être aussi bien un Dieu proche qu’un Dieu lointain. Il n’est au fond lointain que pour ceux que l’orgueil ou le scepticisme tiennent loin de lui, tandis qu’il est le Dieu proche pour les humbles, pour ceux qui sont prêts à l’entendre. (Simplicité chrétienne, p. 16).

998. Incomparable

L’Esprit a depuis toujours attesté à Jésus lui-même qu’il est le Fils unique et incomparable du Père. (Dramatique, II, 2, p. 40).

999. Les surprises

Le croyant, parce qu’il aime, est heureux de se laisser sans cesse surprendre par l’amour divin et, connaissant la joie qu’a Dieu à surprendre, il se laissera surprendre une dernière fois qui sera comme la toute première. « Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est » (1 Jn 3, 2). (La nouvelle Alliance, p. 456).

 

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