Abbaye

Les chemins de la foi. VI

 

Hans Urs von Balthasar

Les chemins de la foi

Pensées d’un croyant

VI

 

1000. Tourné vers le monde

Le chrétien a beau être, tant qu’il voudra et tant qu’il le doit, tourné vers le monde et lié à lui, il n’empêche qu’en tant que croyant il doit garder les yeux fixés sur l’événement humano-divin de la croix. A cet événement il doit tout ce qu’il est (Ga 2,20), c’est là qu’il va constamment déposer tout ce qu’il possède, c’est de là qu’il revient sans cesse réformé et reconstitué. (La foi du Christ, p. 120).

1001. Résurrection

Comme homme, le Christ ne peut pas par lui-même ressusciter; c’est le Père qui, comme Dieu des vivants (Ro 4, 17), réveille le Fils d’entre les morts afin que, de nouveau uni à son Père, il envoie dans l’Eglise l’Esprit de Dieu. (Triple couronne, p. 93).

1002. Se laisser prendre

Il s’agit pour l’homme de rencontrer dans sa vie le Dieu vivant et de soutenir le choc de cette rencontre. Il doit, en renouvelant son oui, se laisser prendre par Dieu et se laisser mettre à l’abri en lui, donner à sa Parole la prédominance sur sa vérité propre et, dans toutes ses occupations et ses soucis profanes, se laisser conduire par Dieu. L’homme vit alors dans la prière, dans la joie et dans la vérité. (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 51).

1003. Prétention

La révélation chrétienne a « une prétention universelle ». (La gloire et la croix, IV, 2, p. 91).

1004. Liberté

Le concept de liberté finie semble contradictoire en soi. En effet comment celui qui se heurte à ses limites d’être peut-il être libre et non pas prisonnier?… Et cependant nous avons invinciblement conscience de notre liberté, mais en même temps nous avons aussi la certitude que cette liberté n’est pas illimitée… Ne suis-je qu’un atome perdu dans la masse? Ou bien est-ce que, dès l’origine, j’ai été voulu comme cet être unique, tel que je me saisis intérieurement, capable de communier avec les êtres de même nature devenus mes compagnons d’élection? (Dramatique, II, 1, p. 177.180).

1005. La conscience d’être le Fils de Dieu

Le Fils, même dans sa condition d’homme, ne peut pas ne pas se connaître comme étant le Fils éternel du Père. Mais cette connaissance… ne l’a pas empêché d’être parfaitement obéissant au Père… La vision peut se voiler dans l’événement de la Passion tandis que l’obéissance demeure intacte. Il faut donc parler d’une foi du Christ au sens propre… Mais dans l’incarnation même, il y a une certaine mise en veilleuse de la vision auprès du Père… Il est évident que nous sommes ici en plein mystère. (Dramatique, IV, p. 107).

1006. Le coeur du monde

Premier contact de Jean-Michel Garrigues avec les dominicains. On lui donne un livre à lire. « Je me mis à lire le livre et fus immédiatement comme happé dans un maelström de poésie spirituelle » (C’était « Le coeur du monde » de Hans Urs von Balthasar). En rendant le livre, il dit au dominicain : « Je ne savais pas que la théologie pût être cela! » (Jean-Michel Garrigues, Par des sentiers resserrés, p. 84).

1007. Difformités

« L’ Eglise visible, que voulez-vous, ce n’est pas seulement la hiérarchie ecclésiastique, c’est vous, c’est moi, elle n’est donc pas toujours très agréable et elle a même été parfois très désagréable à regarder de près, au XVe siècle par exemple, au temps du concile de Bâle, et dans ces cas-là on est naturellement tenté de regretter (qu’elle soit si visible)… Oui, on regrette qu’un cardinal soit reconnaissable de si loin à sa belle cape écarlate tandis qu’un saint, de son vivant, ne se distingue par aucun détail vestimentaire… Et pourtant il y a cette bizarrerie que les plus qualifiés pour se scandaliser des défauts, des déformations ou même des difformités de l’Eglise visible – je veux dire les saints – soient précisément ceux qui ne s’en plaignent jamais ». (Le chrétien Bernanos, p. 222).

1008. Une pauvre idée de Dieu

En émergeant dans le temps, le Fils de l’homme a connu l’angoisse, et dans l’angoisse, comme dans tout ce qu’il a été, dans tout ce qu’il a fait et dans tout ce qu’il a subi, il a traduit en langage humain quelque chose de divin, d’inaccessible, car c’est cela la Révélation : les affres, le tremblement de Dieu pour le monde, sa création, qui menace d’être perdu pour lui. Et qui voudrait objecter que cela est incompatible avec l’éternité bienheureuse de Dieu, aurait une bien pauvre idée de Dieu. (Le chrétien et l’angoisse, p. 144).

1009. L’impasse et le destin

Le Rédempteur a dénoué la contradiction de l’existence humaine (l’homme porte en lui des désirs d’infini et il n’arrive qu’à l’impasse de la mort). Le Rédempteur a foncièrement libéré les hommes de l’empire du destin (et le destin, c’est la mort). L’envoi de l’Esprit Saint, après l’accomplissement de l’action rédemptrice du Fils, est l’intériorisation, dans la conscience étroite et finie de l’homme, de l’action qui historiquement est unique. (De l’intégration, p. 82).

1010. Résistance

Bienheureux les doux, les pauvres, les humbles, parce qu’ils n’opposent pas de résistance, parce qu’ils offrent au Saint Esprit une place disponible. Les humbles du cantique de la Vierge sont vides pour Dieu, et Dieu alors peut les élever. (De l’intégration, p. 222).

1011. Les morts

La mort du Christ ressaisit toutes les morts humaines… A la base, toutes les morts sont affectées par l’unique mort du Christ, en vertu de son caractère de substitution. « Un seul est mort pour tous » (2 Co 5, 14). Dans quel but? « Pour que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Co 5, 15). (Dramatique, IV, p. 303).

1012. La mémoire de Marie

(Marie : son influence sur saint Jean… Marie demande à Jean l’apôtre d’expliquer à saint Grégoire le thaumaturge le mystère de la foi…) Nous ne saurons qu’au ciel à quel point l’Eglise est redevable à Marie de son intelligence de la foi… Cf. toutes les apparitions mariales, « si nombreuses ces derniers temps »… Pour avoir été si contemplative ici-bas, Marie peut être aussi active dans le ciel en donnant à l’Eglise d’avoir part à son inépuisable mémoire… La chapelet a toujours été un élément important lors des apparitions de Marie; il est arrivé qu’elle égrène le chapelet en même temps que les fidèles. Pourquoi cela? Pour que nous préférions lui adresser notre prière plutôt qu’au Christ ou au Père? Il n’en est rien. Mais pour qu’au contraire nous portions sur les mystères de la vie de Jésus et, par là, sur le mystère du Dieu trinitaire le regard même de Marie, pour que notre contemplation prenne sa source dans sa mémoire… C’est à travers elle que nous devons chercher à pénétrer le mystère de la rédemption : la mémoire de Marie est aussi précise qu’au premier jour. (Marie pour aujourd’hui, p. 46-48).

1013. Deux oeuvres

Nul ne prendra de risque en disant que les deux figures de Karl Barth et de Hans Urs von Balthasar dominent toute la théologie du XXe siècle. Leurs contributions sont immenses. (J Lacoste, Histoire de la théologie, p. 442).

1014. Les milliards de morts

Par le fait chrétien… une énergie a été enfouie dans le monde d’une manière définitive et insurpassable, énergie qui tend vers l’avant avec plus de vigueur que tout projet utopique concevable à partir du monde. Car par la résurrection des morts, le Christ dépasse d’avance le monde et ses utopies les plus extrêmes… Quelle utopie terrestre serait capable de nous ramener le passé, la mort, les milliards de morts qui nous ont précédés, et pire encore, leurs affreuses souffrances, incompréhensibles en elles-mêmes, absurdes pour le monde, et d’en faire l’avenir et la « bienheureuse espérance de la gloire » (Ti 2, 13)? Et cette espérance la plus utopique… est réellement enracinée dans les coeurs des croyants par la résurrection de Jésus, qui n’est pas un mort quelconque, mais celui que Dieu « a fait péché » (2 Co 5, 21), celui dont le « règne » vise la destruction du « dernier ennemi », la mort (1 Co 15, 26). (La nouvelle Alliance, p. 440-441).

1015. L’ère de l’Esprit

L’effusion de l’Esprit Saint à la Pentecôte veut être la preuve visible du « retour » du Fils chez le Père… Le temps de l’Eglise, considéré comme l’ère du Saint Esprit, par opposition à l’ancienne Alliance et à l’ère du Christ, n’est pas un temps dans lequel la Révélation se produit, mais celui où la plénitude, désormais parfaite, de cette Révélation s’impose et s’exprime. (De l’intégration, p. 127 et 130).

1016. Rassemblement et division

Jésus n’est sûrement pas venu en s’attendant à ce que son ministère de rassemblement se fasse sans qu’il y ait division. Sans doute s’adresse-t-il à tous, il ne laisse de côté aucune classe d’hommes, il discute avec les docteurs de la loi, il mange et boit avec les publicains et les pécheurs. Mais il perçoit aussi très bien quand sa voix est accueillie et quand elle lui est renvoyée comme par un mur. Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades; je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs (Mc 2, 17)… Selon l’écho qui est rendu à son message, il apprend à connaître quelles seront les phases suivantes de sa mission. Il verra venir la chute dans le dénouement final; à ce moment il sera l’exclu pur et simple, mais c’est ainsi qu’il réussira à remettre ensemble tout ce qui était séparé. (Dramatique, IV, p. 405).

1017. Connaissance de Dieu

La connaissance de Dieu consiste avant tout à savoir que nous ne connaissons pas ce qu’est Dieu (l’essence de Dieu). Dieu qui demeure toujours caché s’est manifesté à nous par l’intermédiaire du monde créé. Nous ne pouvons pas disposer de Dieu et de sa révélation.(Phénoménologie de la vérité, p. 243, à propos de Boèce).

1018. L’homme a besoin d’un autre

L’homme est en route pour se soumettre le monde et l’humaniser. Mais seul le chrétien peut voir qu’une mise en valeur du monde et une humanisation purement terrestre ne peuvent en aucun cas constituer une fin ultime satisfaisante pour l’homme individuel ou social. Tout l’effort naturel de l’homme tend vers une fin qu’il ne peut atteindre par ses propres forces… L’homme a besoin d’un autre (Dieu) pour s’achever, pour parvenir à sa vérité propre. (L’engagement de Dieu, p. 93-95; 107).

1019. La prière comme soupir

La décision fondamentale de l’homme vis-à-vis de Dieu est quelque chose d’à peine perceptible. Elle n’est rien de plus que le pur désir, reconnaissable pour le regard divin, rien de plus que de souhaiter faire ce qu’il désire, que de se déclarer d’accord et de désirer dire oui… Et ce minime soupir de désir, cette faible aspiration, c’est la vie et l’esprit de l’homme… En ce sens, la prière est manifestement ce soupir, … cette mort de l’esprit pour Dieu… Chez l’un, Dieu ne trouve qu’une acceptation contrainte à ses dispositions; chez un autre, il trouve, en réponse à son appel, un acte de choix. Et par cet acte infiniment petit, la créature fait ce qui dépend de ses forces pour enjamber l’abîme… Et ce soupir ou cette aspiration elle-même est réponse à une inspiration de l’Esprit Saint. ( La gloire et la croix, II, 2, p. 257, à propos de Hopkins).

1020. Chemin de croix

Les hommes le clouent sur la croix afin d’en être débarrassé pour de bon, et ainsi ils le fixent définitivement à la terre. Ils le clouent pour qu’il ne puisse plus remuer et par là même ils accomplissent sa volonté de rester toujours près de nous immuablement… Lui-même, dans sa liberté divine, reste auprès de nous jusqu’à la fin et au-delà… (Dieu s’est laissé clouer à la croix dans sa souveraine liberté)… C’est bien là un mystère d’amour qui se trouve au-delà de toutes les inventions des religions et des idéologies humaines… Mystère qu’aucun homme n’aurait pu soupçonner. (Chemin de croix, p. 49).

1021. Recevoir ce don

Le christianisme est d’abord un don de Dieu aux hommes. Et parce que Dieu n’a rien d’un donateur mesquin, c’est le don le plus merveilleux qu’on puisse imaginer… Voici que je vous annonce une grande joie… La seule attitude critique valable de la part de celui qui reçoit ce don est celle d’un coeur comblé qui… s’empresse de dire merci… Pour recevoir ce don, il faut se faire soi-même tout entier oui, merci, accueil. (Points de repère, p. 4).

1022. Il est descendu aux enfers

La descente aux enfers devrait être d’une importance centrale… parce que c’est là que s’accomplit l’ultime obéissance du Fils de Dieu : devoir chercher Dieu là où il n’est pas, où il ne peut même pas être, dans la quintessence du péché du monde. Cela fait partie d’un enseignement sur la Trinité qui, désormais, embrasse tout ce qui est au ciel, sur terre et aux enfers. C’est une pensée nouvelle et de grande ampleur qui provient d’Adrienne von Speyr. (A propos de mon oeuvre, p. 99).

1023. Au service de l’amour

Jamais le seul fait de savoir quelque chose n’est un motif suffisant pour le révéler. Pareille révélation ne servirait qu’à une chose : faire connaître sa supériorité. Sous prétexte d’apporter une vérité, on veut prouver qu’on en sait plus que les autres, et peut-être même, sous le masque d’affirmations innocentes se cache une intention de blesser. Il peut y avoir « un abus de la vérité par manque d’amour »… Toute manifestation de la vérité qui n’est pas au service de l’amour est comparable à un exhibitionnisme qui va comme tel contre les lois intimes de l’amour. Dans le silence de l’amour qui se cache lui-même et cache la vérité, il y a plus de vérité que dans le geste de répandre à profusion la vérité si on le fait sans amour. (Phénoménologie de la vérité, p. 110-111).

1024. Recherche

Les projets non chrétiens de religiosité contiennent à la fois deux intentionnalités : la volonté de partir à la recherche de la solution et, intrinsèquement contenue en elle, la non-réceptivité à l’égard de la vraie solution. (Dramatique, III, p. 199).

1025. Jouet

Peut-on penser que lorsque Dieu laisse son Serviteur devenir le jouet des pécheurs, cela le laisse indifférent? (Dramatique, III, p. 195).

1026. Obligations mondaines

On peut bien dire qu’Adrienne von Speyr a démontré de la façon la plus convaincante qu’il est possible au chrétien d’exercer activement une profession et d’avoir des obligations mondaines sans relâcher la contemplation et la prière de foi, mais en la renforçant au contraire et en la fortifiant. (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 80).

1027. Liberté du Ressuscité

Liberté du Ressuscité : il peut être le Souverain absolu (« Tout pouvoir m’a été donné »: Mt 28, 18) et en même temps celui qui, pour la première fois et maintenant précisément, appelle les siens « mes frères » (Mt 28, 10; Jn 20, 17); celui qui contraint à l’adoration (Mt 28, 9 et 17); Lc 24, 52; Jn 20, 28) et, comme dans les temps anciens, est assis à table avec ses disciples (Ac 1, 4; Lc 24, 41s.; Jn 21, 12).

1028. L’illusion

La demande fondamentale de la liberté finie consistera à prier pour sortir de l’errance, pour se dégager des masques du moi empirique derrière lesquels reste caché mon vrai moi inconnu de moi-même. Car ‘aucune pensée humaine ne peut sonder ce qu’est notre moi le plus intime’ (K. Heim). On demande donc de ne pas s’enfoncer dans l’illusion, mais de découvrir le chemin et d’être à même de le suivre, car c’est par là que se réalise pour moi la volonté divine. (Dramatique, II, 1, p. 253).

1029. Les partenaires de Jésus

La Parole de Dieu a retenti une fois, au centre du monde, dans la plénitude des temps, elle apparaît avec une telle force que c’est tous qu’elle vise et à tous qu’elle s’adresse. Et tous sont atteints aussi immédiatement, aucun n’est défavorisé par quelque éloignement temporel ou spatial. Sans doute une poignée d’hommes sont devenus les partenaires de Jésus dans ses entretiens sur terre, et nous pourrions les envier pour ce bonheur, mais ils se comportèrent tout aussi lourdement et maladroitement dans ces entretiens que nous et tout autre l’aurions fait. Ils n’avaient… aucun avantage sur nous; au contraire, ils voyaient la manifestation terrestre et extérieure du Verbe, et cet aspect leur cachait dans une large mesure le côté intérieur divin. (La prière contemplative, p. 13).

1030. Les conditions

Aucune prière ne peut poser de conditions, elle commence vraiment là où elle se décide à abandonner les conditions, quelles que craintes que l’on ait. (Cordula, p. 32).

1031. L’énigme

L’homme est pour lui-même une énigme qui a besoin de Dieu pour être résolue. (Dramatique, I, p. 221).

1032. Education

On sait aussi à quel point toute l’éducation divine de la prière a précisément pour but d’apprendre à l’orant cette vérité et cette expérience, les plus importantes de toutes : aucun effort, aucun exercice, aucune attitude ne peut forcer le Seigneur à venir!… Cette liberté divine n’est aucunement en contradiction avec la garantie de sa grâce. Cette grâce étant promise et accordée, l’orant a le devoir d’avoir confiance même quand il souffre de la sécheresse et n’éprouve rien, et il doit apprendre à dégager sa foi toujours plus purement de la subjectivité provisoire de ses dispositions. Et cependant cette purification des dispositions subjectives est en même temps la voie sur laquelle le sujet humain doit rencontrer le plus sûrement, avec tout son être d’homme, le vrai Seigneur et Dieu. Là où toute liberté est laissée à Dieu, Dieu peut s’introduire. (La gloire et la croix, I, p. 354-5).

1033. Oubli

Il y a un oubli coupable de Dieu, une ignorance plus ou moins voulue de Dieu. C’est de cet oubli coupable que jaillit l’idolâtrie, et dans celle-ci les faux dieux ne sont rien d’autre que la projection de ses propres désirs qui évincent le Dieu devenu gênant : c’est la rupture du lien d’alliance nuptiale avec le vrai Dieu. Il y a ensuite un rejaillissement du péché fondamental sur le domaine de la vie, au plan politique comme au plan social, puisque le Dieu de l’alliance détermine la vérité profonde de l’homme. (Dramatique, III, p. 154).

1034. Sécheresse

La sécheresse n’est pas du tout à considérer a priori comme une pénitence et un destin tragique imposé, mais d’abord comme la forme quotidienne de l’amour. Celui-ci a coutume au fond de commencer par ses formes exceptionnelles pour parvenir par ce détour à son état normal. C’est pourquoi, dans la lectio (dans la contemplation) aussi, la sécheresse n’a rien d’effrayant ou d’alarmant, elle a au contraire quelque chose de rassurant. L’amour n’est pas étouffé par la monotonie de la vie quotidienne, mais il l’illumine par mille inspirations et sait la renouveler par de petites choses; ainsi en est-il de la lectio (de la contemplation)… Dieu tient prêt tout ce qu’il faut pour nous rafraîchir. Prendre virilement courage, secouer ce qui nous pèse et repartir d’un bon pas. (La prière contemplative, p. 148).

1035. La lune

L’Eglise n’existe et n’a de sens que par rapport au centre qui est le Christ, le Fils unique du Père. Les Pères comparaient fréquemment sa lumière à celle de la lune, car elle est empruntée au soleil (qui est le Christ). (La gloire et la croix, I, p. 391).

1036. Des rencontres

Les récits de la résurrection de Jésus : tous ces récits ont pour objet des rencontres avec le Christ vivant. C’est lui qui prend l’initiative de la rencontre dont bénéficient les témoins. Elle est toujours un don gratuit. Et les hommes voient, entendent, touchent et même ils goûtent. Mais l’important, c’est que le Christ vivant se montre de lui-même. Ce qui normalement échappe aux yeux se manifeste. Dieu n’est vu que lorsqu’il fait librement la grâce de se révéler lui-même. Il arrive aussi que la révélation soit graduelle : il se dévoile tout en restant voilé : « Notre coeur n’était-il pas tout brûlant »… (Lc 24, 32). Il y a une irruption du caché et de l’invisible dans la sphère de la connaissance humaine. Cela manifeste la spontanéité, la vie et la maîtrise de celui qui apparaît. C’est vraiment une rencontre. Une parole qui atteint au coeur : « Marie » (Jn 20, 16).

1037. Deux personnes qui s’aiment

La vie commune de deux personnes qui s’aiment reste jusqu’au bout tentative, essai, marche à la rencontre de l’autre, à la condition que chacun préserve la liberté de l’autre. Malheur à celui qui voudrait, par quelque ruse que ce soit, arracher à l’être aimé son ultime secret! Non seulement il n’y parviendra pas, mais il ne réussira, en fin de compte, qu’à faire mourir l’amour. Seul ce qui est offert dans la liberté gratuite de l’amour a valeur de révélation. (Points de repère, p. 29).

1038. Expliquer le Père

Ce n’est pas lui-même que Jésus a le devoir d’expliquer, mais son Père. Il incombe donc à l’Esprit d’expliquer le Fils. (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 211).

1039. La porte étroite

On meurt seul… Les vivants peuvent accompagner le mourant jusqu’à son dernier souffle, et celui-ci peut se sentir accompagné par eux… Malgré cela, il ne peut franchir la porte étroite qu’en isolé. (Cordula, p. 25).

1040. Les écrans

Ne pas laisser subsister des formes et des schèmes de pensée appartenant au passé de l’histoire de l’Eglise, comme des écrans devant la figure du Christ… La figure du Christ a en elle une justesse et une évidence internes, comme l’a une oeuvre d’art ou une proposition mathématique. Et la justesse de la figure du Christ a le pouvoir de rayonner d’elle-même jusqu’au coeur de l’homme qui la saisit. (La gloire et la croix, I, p. 393).

1041. L’Esprit Saint

A l’origine de la révélation de la Parole, il y a toujours déjà le Saint Esprit : lui seul peut produire l’entrée de la Parole de Dieu dans l’homme, dans la nature et dans l’histoire. C’est pourquoi l’homme ne peut recevoir, contempler, comprendre la Parole que dans l’Esprit. (La prière contemplative, p. 73).

1042. La bien-aimée

Prier sans cesse, un peu comme un jeune homme porte sans cesse dans son coeur, vivante et efficace, l’image de sa bien-aimée, au milieu des occupations les plus étrangères. (L’amour seul est digne de foi, p. 141).

1043. Les pauvres

Bien des gens croient ne plus rien pouvoir donner quand ils sont âgés ou en prison ou dans quelque autre situation sans issue. Ils ont l’impression d’être inutiles et sont parfois tentés de mettre fin à leurs jours. Qu’ils pensent que seul le pauvre, et le pauvre plus que tout autre, puisqu’il a perdu la conscience de la propriété personnelle, est mis dans une situation qui lui permet de donner. Cf. la veuve qui, en mettant deux sous au Trésor, a donné plus que les autres. Les pauvres en esprit ne gagnent pas seulement pour eux-mêmes le royaume de Dieu, ils l’ouvrent également aux autres. ( Points de repère, p. 75).

1044. Des ailes

Purgatoire : peut-être la souffrance la plus profonde, mais la plus bénie. L’effroyable tourment de devoir faire sans tarder tout ce que nous avons redouté notre vie durant : voici que s’ouvrent les portes obstinément fermées. Mais en même temps je sais qu’à présent, pour la première fois, je vais pouvoir l’accomplir, ce dernier acte, cet acte total. Des ailes s’ouvrent pour moi, me voici parvenu à moi-même. (Grains de blé, p. 47).

1045. L’essentiel

Non seulement nous tendons de la terre au ciel, mais nous sommes, comme chrétiens aimants et croyants, essentiellement auprès de Dieu (La prière contemplative, p. 305).

1046. Le respect de la liberté

Dieu, le Seigneur, respecte la liberté humaine qu’il a créée. Il ne fait qu’offrir, il n’impose pas…. Mais cette offre inlassable atteint ses fins en dépit de toutes les résistances de notre mauvais vouloir. Entre la liberté humaine et l’offre divine intervient le mystère : Jésus peut répandre dans les âmes son Esprit qui les délivre de leur obstination à demeurer dans l’esclavage et les conduit à la liberté du consentement. Mystère de l’action conjointe de l’impuissance et de la toute-puissance divines. Mystère aussi de la volonté de Dieu de n’accomplir qu’avec l’homme son oeuvre à l’égard de l’homme et de ne pas opérer le salut universel sans aide, sans l’Eglise, mais surtout l’Eglise vraiment docile et sainte. (Préface à Louisa Jacques, Qu’un même amour…, p. 10).

1047. Oui

La prière liturgique officielle de l’Eglise est toujours, elle aussi, d’une manière ouverte ou cachée, consciente ou inconsciente, une prière mariale. Et si Marie ne s’est pas préparée à son propre oui autrement que par la prière, nous sommes incapables à plus forte raison de prononcer le nôtre par nos propres forces, mais nous devons, avec reconnaissance, rester attachés à elle, qui a pu le faire. (Triple couronne, p. 11).

1048. On ne sait pas pourquoi

Dieu s’est révélé au peuple juif, on ne sait pas pourquoi. Dieu a daigné se révéler à lui . Cf. Deutéronome. (Points de repère, p. 25).

1049. Un coup d’oeil

Au purgatoire, l’homme se trouve mis à nu devant Dieu selon l’oeuvre de sa vie… Nul besoin d’un aveu; l’oeuvre éclate là, sans fard et à découvert… Ce coup d’oeil sur la vie permet de mesurer la distance entre ce qui était et ce qui aurait dû être… L’homme se tient pour la première fois nu devant le Seigneur et il reconnaît à ce moment que Dieu l’a vu depuis toujours sans aucun masque. Ce regard seul compte maintenant. (Dramatique, IV, p. 333).

1050. Humilité

On peut par orgueil désirer l’humilité. (Pierre Nicole cité dans Grains de blé, p. 107).

1051. Le drame

L’existence humaine est un drame. Dieu en assume la responsabilité, bien qu’il ne soit pas en cause quand l’homme, dans l’exercice de sa liberté, se met à jouer de travers, ce qui n’empêche pas d’ailleurs que Dieu maintienne l’intention qui est la sienne depuis l’origine. En face, se tient l’homme… laissé à sa propre liberté, condamné à la liberté…, l’homme à qui est accordé le pouvoir de constituer ce qu’il est capable d’être non pas cependant en dehors de la liberté divine, mais au contraire seulement en elle et avec elle : signe à la fois de grandeur et d’indigence. Enfin, entre les deux se trouve le Médiateur… qui doit s’accorder avec chacune des deux parties sans trahir pour autant l’une ou l’autre… Il est lui-même la péripétie dominante de la pièce; il ne s’ensuit pas du tout que le reste du jeu se déroule mécaniquement à partir de là; ce qui se dévoile peu à peu, ce sont des aspects toujours neufs, intenses et inattendus de cette péripétie… jusqu’au dénouement du dernier acte. (Dramatique, II, 1, p. 167).

1052. Surabondances

Dieu le Père n’a pas considéré sa divinité comme un privilège exclusif mais il l’a partagé depuis toujours. Puis autre surabondance de l’amour de Dieu : la création et l’histoire du salut. Nouvelle surabondance : le Fils choisit de ramener à son Père la créature dotée de liberté, qui a résolu par cette liberté même de s’éloigner de Dieu. Et puisque Dieu ne reprend pas ce qu’il donne, son Fils est absolument impuissant face à la volonté perverse de l’homme qui le charge, tel un véritable bouc émissaire, de tout le poids de l’iniquité du monde. Le drame de la croix se poursuit le samedi saint lorsque le Fils… accepte de descendre auprès des morts pour être en communion avec les hommes de toujours et de partout. (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 310).

1053. L’autorité

Saint Pierre. Celui qui a renié trois fois, qui voudrait et pourrait jamais le reconnaître comme l’autorité suprême de l’Eglise? (Nouveaux points de repère, p. 314).

1054. Responsabilité

L’Eglise est centrifuge : non seulement elle est ouverte sur le monde qui appartient déjà foncièrement au Christ, mais elle en porte aussi la responsabilité… Le message du salut doit pénétrer dans la substance du monde comme le levain qui soulève la masse… Considérer avec bienveillance les valeurs que l’on rencontre et montrer avec douceur qu’elles ne s’achèvent vraiment que dans le message chrétien. (Dramatique, III, p. 432).

1055. L’humilité de l’amour

L’autorité doit se rendre progressivement superflue (vis-à-vis des enfants, des élèves). Mais elle existe aussi comme quelque chose qu’il n’est pas possible de dépasser à cause du caractère pécheur et de la faiblesse de l’homme… En vue du bien commun… Dans le christianisme, l’autorité ne devient croyable et ne sera acceptée par le peuple que si elle s’exerce dans l’humilité de l’amour. (Points de repère, p. 99; 104).

1056. Victoire

Il n’est aucune victoire surnaturelle qui ne se paie de souffrances particulières avant ou après. (Le chrétien Bernanos, p. 461).

1057. Les réponses

Au péché, Dieu a donné deux réponses : l’enfer et le Fils; l’enfer est la conséquence nécessaire du péché, tandis que le Fils est la disponibilité totale qui expie le péché. (Dramatique, IV, p. 244).

1058. La mort selon Freud

Freud : « L’énigme douloureuse de la mort met fin à cette vie absurde… A la mort d’un être cher, on demeure inconsolable, et c’est bien ainsi. Il n’existe aucune instance devant laquelle porter plainte ». Freud était foncièrement incroyant. (Dramatique, I, p. 426-427).

1059. La croix du Père

La colère de Dieu, c’est sa bonté retournée contre le mal… C’est pour ainsi dire la croix du Père que d’être contraint de donner de lui cette image, jusqu’à ce que le Fils sur la croix en dévoile le sens dernier… Colère et amour n’ont qu’un but dernier qui est le salut de l’homme. Dans l’ancienne Alliance, Dieu apparaît comme le fouleur du pressoir (Is 63, 2 s.), tout maculé du sang des nations qu’il piétine dans sa colère. Mais dans la nouvelle Alliance, le Fils prendra sur lui-même l’effet de la vengeance : c’est lui le raisin foulé. (Dramatique, IV, p. 242-243).

1060. Programme

Jésus présente son programme : la croix (Mt 16, 21-27)… La croix est un scandale non seulement pour le monde mais aussi d’abord pour l’Eglise. L’Eglise est faite d’hommes qui souhaitent tous échapper à la souffrance autant que possible et aussi longtemps que possible. Toutes les religions, sauf le christianisme, répondent à la question : comment l’homme peut-il échapper à la souffrance?… Le Christ, au contraire, s’est fait homme pour souffrir plus que personne n’a jamais souffert… Et il dit à Pierre : Prends toi-même ta croix pour l’amour de moi et en faveur de tes frères, pour le salut desquels il faut souffrir. Ton salut n’est pas de te débarrasser de ton moi, mais d’offrir sans cesse ton moi pour les autres, ce qui ne va pas sans douleur et sans croix. (Théologie des Exercices, p. 139).

1061. L’accord

Nous acceptons tranquillement et sans amour que le Christ porte nos péchés. C’est pourquoi Dieu ne demande pas aux pécheurs leur accord au sujet de l’événement du calvaire. (Seul l’amour est digne de foi, p. 82).

1062. Sommeil

A propos de la fille de Jaïre ou de Lazare : Jésus annonce qu’ils dorment, ils sont dans cet état de passage qui les achemine vers lui. (Dramatique, IV, p. 314).

1063. La vérité

Il est rare qu’il faille dénier à quelque perspective toute âme de vérité. (Phénoménologie de la vérité, p. 174).

1064. S’interroger

Qui ne s’interroge pas sur soi-même ne mène pas une vie humaine. (Citation de Platon dans Dramatique, I, p. 407).

1065. Prophètes et visionnaires

La Révélation de Dieu vient, on le sait, par l’intermédiaire de certains hommes, dont on peut dire que, comme prophètes ou visionnaires, ils possèdent de Dieu une connaissance autre et plus expérimentale que ceux qui « viennent à la foi pour avoir entendu la prédication » (Ro 10, 17). (Nouveaux points de repère, p. 61).

1066. La rencontre

Ce qui rend si dramatique et si féconde toute nouvelle lectio divina : la rencontre avec le Seigneur. On ne peut jamais prévoir comment l’Éternel se présentera dans le temporel, quels aspects seront cette fois-ci prédominants, quels aspects connus seront approfondis, quels aspects non encore remarqués ressortiront, quels aspects doivent être amenés à la lumière et quels autres doivent rester dans une demie obscurité. (La prière contemplative, p. 213).

1067. Des degrés vers Dieu

Il n’existe pas entre l’homme et Dieu un équilibre obtenu une fois pour toutes. Sans cesse l’homme doit se laisser surprendre, désarmer, vaincre par Dieu. Et plus il expérimente combien l’amour de Dieu est sans mesure, plus les exigences de cet amour dans sa vie lui paraissent grandes… Cependant l’homme n’est nullement délaissé et perdu dans son abandon à Dieu. Au contraire, Dieu le Père, dans le Fils incarné et par la conduite de l’Esprit Saint, ménage à l’homme des degrés vers lui et l’habitue à vivre dans le monde divin. (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 51-52).

1068. Initiative

Dieu, conformément à sa nature divine, et avant tout dans sa révélation historique, détient la pleine initiative dans le rapport de la créature avec lui, parce que c’est lui qui dit qui il est et comment on doit se comporter envers lui. (La gloire et la croix, I, p. 207).

1069. Le manteau

Qu’il le veuille ou non, tout homme se trouve placé à l’ombre… du manteau de Marie… Marie a adopté comme enfants tous les hommes… Comme elle a été la mère spirituelle et charnelle de Jésus, sa prière de mère pour ses enfants ne peut le laisser indifférent, car il ne s’est jamais départi de son respect filial envers elle… Dieu n’a pas soustrait son Fils à l’autorité de sa Mère et à son intercession pressante. (Marie pour aujourd’hui, p. 79).

1070. Les larmes

L’aveuglement et l’endurcissement de Jérusalem arrachent des larmes à l’Homme-Dieu (Lc 19, 41). Il y découvre comme l’échec de toute son entreprise de salut et se voit contraint d’abandonner la ville sainte à sa ruine (Ibid., 43-44)… Elle avait été illuminée par l’enseignement et les miracles de Jésus, elle avait savouré la belle parole de Dieu et les forces du monde à venir, et néanmoins elle était tombée (Cf. He 6, 4-6). ( Dramatique, IV, p. 260).

1071. L’espace de Dieu

Avant la Pentecôte, les apôtres ne possédaient pas encore la signification infinie du Christ…. Ils avaient cru en lui, mais pas encore en lui comme étant la vérité infinie de Dieu… L’espace entre le Père et le Fils où l’Esprit introduit est d’un certain point de vue lui-même… Il est l’amour entre le Père et le Fils… L’Eglise est essentiellement habitée par l’Esprit de Dieu. « Là où est l’Eglise, là aussi est l’Esprit de Dieu » (Saint Irénée). L’Esprit Saint fait entrer l’homme dans l’espace de Dieu. (L’Esprit de vérité, p. 11-13).

1072. Le miséricordieux

Le Dieu qui se révèle en Jésus Christ est le Père miséricordieux de tous ceux qui le cherchent avec un coeur sincère, quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent; le Fils de Dieu, par amour de Dieu et des hommes, est mort dans sa passion pour expier les fautes de tous et, dans sa résurrection, il leur a ouvert la voie à la vie éternelle. (Citation de Balthasar dans A. Riccardi, L’étonnante modernité du christianisme, p. 86).

1073. Les grandes actions

Dans le domaine chrétien, tout l’éclat des grandes actions est toujours éclipsé par l’insurpassable Passion du Rédempteur. (La gloire et la croix, 4, 2 p. 202).

1074. Communion des saints

S’il est impossible qu’un homme racheté par le Christ participe activement à sa propre rédemption (et cela est vrai aussi de Marie, à sa manière éminente), il n’est, d’autre part, pas impossible que Jésus donne à ceux qu’il a rachetés la possibilité de recevoir une participation à son pouvoir de pénétrer dans le domaine des libertés humaines d’une manière qui sauve, libère, promeut; sans doute un homme ne peut pas pénétrer dans l’intimité d’un autre homme, mais il peut, conformément aux lois de la communion des saints, se mettre à la disposition de Dieu pour d’autres (peut-être même pour des hommes très déterminés) : en priant, en souffrant, en existant pour d’autres. (Dramatique, II, 2, p. 217).

1075. Joyeux

Nous sommes tous si joyeux que Jésus ait souffert pour nous. Nous sommes d’accord avec cela en vertu d’un obscur, d’un profond instinct de conservation… Nous sommes disposés… à regarder d’un oeil assez favorable cette agonie tragique… Nous l’acceptons comme allant de soi, avec une naïveté, avec une cruauté réellement désarmante. (Péguy cité dans La gloire et la croix, II, 2, p. 326).

1076. Dépendance

Chaque enfant est d’abord remis sans défense aux mains de sa mère. Il doit se laisser emmailloter, porter, nourrir et soigner. Il en va de même pour les mourants, qui ne peuvent plus agir… mais doivent laisser disposer d’eux-mêmes lorsqu’on prend soin d’eux… C’est librement que le Fils s’est laissé plonger dans cette dépendance… Quand il entre dans sa passion, il laisse l’Eglise disposer de lui et de son sacrifice… Et c’est d’abord au soin aimant de l’Eglise féminine que le Crucifié est confié… Pour toute la durée de l’Eglise, le Fils de Dieu livre et remet à celle-ci non seulement les fruits de sa vie et de sa passion, mais aussi sa propre personne… Dans sa passion, il est entouré de l’Eglise féminine qui souffre avec lui; de la même manière, dans son eucharistie, il sera remis aux mains de l’Eglise… et finalement aux mains de quiconque devient pour lui une mère en faisant la volonté du Père… La remise de Jésus aux mains de Marie, à la naissance et à la mort, est plus centrale que la remise aux mains du ministère ecclésial, dont elle demeure la condition préalable. (Dramatique, III, p. 368-9).

1077. Contrainte

Un commandement ou une défense venant de Dieu ne peuvent être considérés comme une contrainte injuste que si l’homme confère à son propre désir la valeur d’une norme absolue. (Phénoménologie de la vérité, p. 250).

1078. Fidélité à toute épreuve

Jésus Christ est le point de départ de toute connaissance authentique du Dieu vivant… La mort de Jésus Christ est le témoignage de la fidélité à toute épreuve de Dieu à son alliance parce qu’elle assume l’infidélité d’Israël et de l’humanité… Dieu demeure celui qui agit même quand il se laisse maltraiter. (Dramatique, IV, p. 215-216).

1079. L’instrument

L’Homme-Dieu est la figure centrale de la création… Mais il ne peut être compris sans l’ancienne Alliance… L’Ancien Testament est l’instrument avec lequel l’Eglise apprend à comprendre l’événement du Christ et à l’expliciter; et c’est le Christ lui-même qui lui met cet instrument en main (Lc 24, 44 s.) : ce qui s’est passé était nécessaire. (Les grands textes sur le Christ, p. 136-141).

1080. Murailles

Il y a des moments où la haine… dresse des murailles insurmontables, où l’on ne peut plus que se taire parce que toute parole de plus accroîtrait la distance, ou tomberait comme l’étincelle sur le tonneau de poudre. (Dramatique, I, p. 28).

1081. L’énigme

L’homme est une question pour lui-même. Une question sans réponse, une énigme sans solution. Au cours des âges, les hommes n’ont cessé de chercher la réponse à l’énigme de leur existence; cela s’est fait dans deux directions : dans la voie de la mythologie, dans la voie de la philosophie. Et ces deux voies conduisent à des impasses. La mythologie, on finit par dire : tout cela, ce sont des histoires de dieux multiples que les hommes ont inventées pour essayer d’expliquer l’inexplicable. Et la philosophie a atteint son sommet quand, avec les Grecs, elle a cru découvrir, comme une nécessité naturelle de l’homme laissé à lui-même, qu’il y avait en l’homme un élément permanent, immortel, qui survivrait à la mort et à la décomposition du tombeau : une âme immortelle. Mais ce qu’une philosophie démontre (l’immortalité de l’âme) est contredit par une autre philosophie : à la mort, l’homme disparaît tout entier; certains ont cru pouvoir démontrer l’immortalité de l’âme, ils n’ont rien démontré du tout, ils se sont fait illusion. Pour nous chrétiens, il n’y a de réponse complète à la question de la totalité de l’homme que sur la voie de la révélation résumée pour nous dans les livres saints de l’Ancien et du Nouveau Testament transmis depuis toujours dans l’Eglise. (De l’intégration, p. 74).

1082. Se tenir debout

Le rythme incessant de conversion et de rechute scande l’histoire d’ Israël : signe que l’unique nécessaire, l’écoute docile de la parole de Dieu (Lc 10, 42), est chose difficile parce que l’homme ne supporte pas de ne s’attacher qu’à Dieu…. mais se crée sans cesse un sol sous ses pieds pour se tenir debout. (Dramatique, II, 2, p. 305-306.

1083. L’incommensurable de Dieu

La révélation divine est parvenue aux hommes dans le Christ. C’est une parole décisive sur les hommes et sur le monde. Une parole que Dieu seul pouvait prononcer. Même si Jésus vient dans le monde, sa parole n’est pas une parole humaine parmi d’autres paroles humaines; la parole de Dieu prend forme humaine mais pour révéler, dans cette forme, le Dieu que personne n’a jamais vu (Jn 1, 18). Dans la parole humaine apparaît l’incommensurable de Dieu. Il se cache tout en apparaissant. Le libre discours de Dieu sur lui-même, l’homme ne peut pas le déduire de ce qu’il sait par ailleurs. Pour percevoir cette parole qui vient de Dieu, l’homme n’a pas la faculté naturelle nécessaire pour la recevoir. Pour recevoir la parole de Dieu, il faut une grâce de Dieu : la foi. En croyant, l’homme peut comprendre et, comme croyant, il peut chercher toujours à comprendre plus profondément. Mais quand le croyant a compris la parole de Dieu, il n’a pas encore compris Dieu tel qu’il est en lui-même. La parole humaine de Dieu n’est pas encore Dieu lui-même. (Karl Barth, p. 122).

1084. Vision et présence

Il faut faire attention quand on parle de vision de Dieu dans le ciel parce que Dieu n’est jamais un objet saisissable en plénitude. Si on veut garder ce terme de vision, on doit parler dialectiquement de présence suprême de ce qui dépasse toute compréhension. (Dramatique, IV, p. 361).

1085. L’enfer

Saint Ignace de Loyola recommandait à ses jésuites : « Ne prêchez pas sur l’enfer; contentez-vous de le méditer pour vous-mêmes ». (D’une interview du P. Balthasar parue dans Le monde du 09/10/1987).

1086. Plénitude

Il faut donc que l’homme accepte de porter son propre vide en même temps que son angoisse, dans la plénitude de Dieu, qui n’est pas sentie, et qui en conséquence est sentie comme un vide… Dieu est là. Mais il n’est plus là comme il était présence dans la brise vespérale du paradis, comme la réalité la plus réelle pour l’homme et pour sa nature, comme ce en quoi et par quoi tout le reste prend réalité, mais il est là comme plénitude non sentie, comme la plénitude dans le vide. (Le chrétien et l’angoisse, p. 140-141).

1087. La souffrance

Comment concilier la souffrance du monde avec la bonté de Dieu? Une solution théorique du problème est exclue : une vue totale de ce mystère nous est refusée tant que nous luttons. Nous est uniquement accordé le regard sur le Crucifié délaissé par Dieu, comme si dans ses ténèbres intérieures reposait la lumière qui éclaire tout. Le silence sans réponse à la question (« Père, pourquoi m’as-tu abandonné? ») ne détruit pas la foi du Fils dans le Père… La souffrance de ce monde se trouve tout près du coeur de Dieu… C’est une illusion d’optique de penser que la souffrance se passe ici-bas et que là-haut, un Dieu dans sa béatitude la regarde, désintéressé. Tous les poings de l’homme révolté contre le ciel pointent dans la mauvaise direction… L’amour de Dieu a depuis toujours assumé d’avance toute la souffrance. (Dieu et la souffrance, p. 26-29).

1088. Le petit nombre

Alors qu’il n’y aurait qu’un damné, le coeur du Sauveur, avec ses exigences amoureuses, pourrait encore parler, pour s’en plaindre, du petit nombre des élus : c’est le bon pasteur qui ne songe qu’à sa brebis perdue; c’est le Père, sévère et menaçant d’avance, pour avoir moins à châtier plus tard. (Citation de Blondel dans Théologie de la descente aux enfers paru dans Mission ecclésiale d’Adrienne von Speyr, p. 158).

1089. Le tout

Le tout de ce que Dieu a à dire au monde a été exprimé en un seul homme, en une seule Eglise. (A propos de mon oeuvre, p. 112).

1090. La puissance

Comme il est vivace en vous ce désir de puissance!… Ne vous rendez-vous pas compte de votre déception lorsque le monde oublie d’applaudir à votre humilité? Vous tendez à la sainteté : voilà un signe que vous ne la possédez pas. (Le coeur du monde, p. 191-192).

1091. Les odeurs

L’orgueil, qui cherche sa propre gloire, se reconnaît facilement : il sent mauvais. Prenons un prédicateur, un professeur de théologie : est-il donc si difficile de discerner s’il cherche sa propre gloire ou s’il cherche la gloire de Celui qui l’a envoyé? (Cf. Jn 7, 18). (Points de repère, p. 12).

1092. Un point de rencontre

Malgré sa supériorité souveraine à l’égard de tout le créé, y compris le ciel, le Dieu de la révélation biblique veut se rendre si concrètement auprès de l’homme qu’il ménage avec lui une rencontre en un point du monde qu’il a lui-même choisi, en un lieu qu’il marque de sa présence. (Dramatique, II, 1, p. 152).

1093. L’instinct

En tous les êtres spirituels, Dieu a déposé secrètement la faculté de le reconnaître; en généreux Seigneur, il a planté dans la nature des humbles humains que nous sommes le désir et l’amour de lui et il nous a donné l’instinct de le chercher à travers tout ce qui est du monde. (Saint Maxime le Confesseur cité dans Liturgie cosmique, p. 103).

1094. De nouveaux aspects

Le Saint-Esprit cherche à me révéler chaque jour de nouveaux aspects de Dieu… Le Saint-Esprit nous introduit dans la plénitude du Christ et il nous l’explique jusqu’à la fin du monde d’une manière toujours plus riche et plus profonde. (La prière contemplative, p. 148; 153).

1095. Capacités

Pouvons-nous refuser à Dieu la capacité de se révéler au monde comme il veut… « L »homme psychique n’accueille pas ce qui est de l’Esprit de Dieu » (1 Co 2, 14). (Tu couronnes l’année de tes bontés, p. 92; 96).

1096. Réalisme

Regarder l’amour du Christ ne signifie pas nier les fautes du prochain. Le Samaritain doit voir les plaies qu’il lui faut panser… De même qu’un éducateur doit voir les lacunes de la science et des aptitudes de l’enfant pour pouvoir accomplir son oeuvre, le chrétien doit voir avec réalisme ce qui est contraire à Dieu partout dans le monde. (L’amour seul est digne de foi, p. 148-149).

1097. Le Préexistant

S’il survenait à un homme quelconque l’idée de mourir par amour pour les autres, cela ne servirait pas à grand-chose. Ce ne serait q’un mort de plus. La foi chrétienne suppose que le Christ est l’Unique, le Préexistant qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous afin de nous enrichir par sa pauvreté (2 Co 8, 9), celui dont l’amour renoncé et obéissant jusqu’à la mort de la croix (Ph 2, 6 s.) était ainsi devenu capable de prendre sur soi efficacement pour Dieu le péché et la malédiction, préalablement à notre conscience et à notre consentement (Ro 5, 8) et, par cette action efficace, de nous comprendre tous en lui. (La nouvelle Alliance, p 262).

1098. Personnel

Dieu ne veut pas accomplir sans nous ses oeuvres les plus personnelles. (Karl Barth, p. 34).

1099. Le poids de la grâce

Il faut remarquer que toutes les paroles du Seigneur admettant la possibilité d’une perdition éternelle sont d’avant Pâques. Après Pâques, saint Paul nous dit : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? … Dieu s’arrange pour que la grâce ait plus de poids que le péché… Le Fils peut préserver tous les hommes, Adam n’a pu en garder aucun. Aussi le Fils, selon la doctrine des Pères, a sauvé Adam lui-même et l’a retiré de l’enfer… Dieu n’aurait pu confier aux hommes leur liberté s’il n’avait pas, dans sa liberté divine, assuré sa victoire sur le monde. Et par ailleurs, s’il y a amour véritable à l’origine, le don de la liberté est absolument requis. (Dramatique, IV, p. 255).

1100. Ce que je ne sais pas

La prière, dialogue avec Dieu. Dans ce dialogue, je ne suis pas la personne principale et ce n’est pas ce que je me propose de présenter qui sera le plus important (car Dieu le connaît d’avance), mais ce que Dieu veut me dire et que moi, à coup sûr, je ne sais pas. (Simplicité chrétienne, p. 121-122).

1101.Relations

Dieu veut rencontrer l’homme réellement et entretenir des relations avec lui comme avec un partenaire authentique… L’intention fondamentale de Dieu : s’ouvrir lui-même à l’homme autant que celui-ci en est capable. (La prière contemplative, p. 271).

1102. La cause perdue

A l’instant décisif où Jésus fut arrêté et exécuté, les disciples n’entretenaient aucune certitude concernant l’attente d’une résurrection. Ils s’enfuirent et jugèrent la cause de Jésus perdue. Il doit par conséquent être intervenu quelque chose qui, en peu de temps, non seulement provoqua un retournement complet de leurs dispositions, mais aussi les mena à l’action nouvelle et à la fondation de la communauté. Ce quelque chose est le noyau historique de la foi de Pâques. (Le mystère pascal, p. 224-225).

1103. Présence

L’Esprit Saint est pour nous donateur de présence divine. (L’Esprit de vérité, p. 21).

1104. L’intime de l’homme

Ce qui constitue l’être le plus intime de l’homme, c’est qu’il est ouvert à Dieu, par une grâce provenant de Dieu même. (Karl Barth, p. 505).

1105. Expérience de Dieu

Peut-on faire une quelconque expérience de Dieu? Car si je ne le rencontre nulle part dans mon existence, comment puis-je croire en lui?… On ne ne peut pas faire l’expérience de Dieu comme d’une chose du monde ou même comme d’un autre homme… Dans la révélation biblique, ce n’est pas l’homme qui cherche Dieu, c’est Dieu qui vient rencontrer l’homme. Dieu ne se révèle jamais en réponse à la demande d’un homme, à son désir d’une révélation divine. C’est Dieu qui va vers Abraham avec une promesse que celui-ci n’attendait pas; il va vers Moïse avec une tâche que celui-ci n’espérait pas, qu’il ne souhaitait pas, qu’il refuse même avec entêtement (au point que Dieu se fâche); il va vers Isaïe à qui la vision de sa gloire fait crier : « Malheur à moi, je suis perdu »; et lui aussi reçoit une mission pénible et pleine de désagréments… Au fond tout se passe comme si ce n’était pas l’homme qui doit faire une expérience de Dieu, c’est Dieu qui veut faire une expérience, qui en éprouvant un homme veut établir si l’homme qu’il a chargé d’une mission marche bien sur la voie qui lui a été indiquée. Jésus aussi est passé par là; sa mission est passée par une épreuve qui l’a durci au feu : s’il avait cédé à la tentation d’un messianisme terrestre, il aurait renversé la situation et, au lieu de se laisser éprouver, il aurait mis Dieu à l’épreuve. ( Nouveaux points de repère, p. 49-51).

1106. Notre bienheureuse indifférence

C’est pour nous que le Fils est descendu du ciel, pour nous qu’il a été crucifié, qu’il est mort et fut mis au tombeau. Pour nous, c’est-à-dire en notre faveur mais aussi à notre place. La rédemption a coûté cher à Dieu… Cela a coûté cher à Dieu de réconcilier l’homme avec lui… L’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde… Ne pas évacuer le caractère terriblement dramatique de la croix… Sur la croix, le Christ expie notre bienheureuse indifférence : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Tu couronnes l’année de tes bontés, p. 69 et 68).

1107. La liberté

Dieu, qui n’a nul besoin du monde, achève son oeuvre créatrice dans l’économie du salut en se livrant lui-même en toute liberté. (Dramatique, II, 1, p. 117).

1108. Responsabilité

De toute éternité, Dieu assume la responsabilité du succès de la création. Le Père aussi est impliqué dans la kénose du Fils : comme celui qui envoie et abandonne. L’Esprit n’unifie qu’à travers la séparation et l’absence… Au Dieu créateur et rédempteur rien ne reste étranger de ce qui se passe dans sa création achetée par lui et dont il a pris la responsabilité. (Le mystère pascal, p. 39-40).

1109. Les ignorances du Christ

Le Christ : sa préconnaisance des choses, il la laisse auprès du Père afin de se mettre pleinement en disposition d’obéir. Il y a donc là une « non-connaissance » effective qui n’est nullement un jeu où il simulerait l’ignorance. De même sa science humaine surnaturelle, dans la lumière divine, il ne l’utilise que dans la mesure où elle est nécessaire à sa mission. Elle ne s’exerce plus dès qu’on touche à ce point où c’est la non-connaissance qui doit prédominer dans l’accomplissement de sa mission. (Dramatique, IV, p. 110).

1110. Chargement

La croix est le moment où il rassemble tous les scandales et tous les malfaiteurs pour les charger sur son corps de douleurs. Mais l’ivraie du mal continue à proliférer et remporte apparemment la victoire sur lui… A la fin du monde seulement ce qui a été consommé intérieurement sur la croix par la souffrance aura à se manifester extérieurement avec puissance. (Dramatique, IV, p. 258).

1111. Se blottir

La foi, l’espérance, la charité sont les manières dont le coeur humain qui palpite, inquiet, se blottit dans l’éternel, avec tout ce qu’il aime ici-bas et entraîne avec lui. (De l’intégration, p. 109).

1112. Persévérance

La dissociation entre nous et nos fautes ne s’accomplit que dans le Christ… Il est au pouvoir de l’homme de se retrancher du ciel et, jusque dans la mort, il peut tourner le dos à la lumière de la vie éternelle. (Dramatique, IV, p. 263).

1113. Le versant invisible

La vie éternelle n’est pas une continuation de la vie périssable; elle ne commence après la mort… Elle est le versant invisible d’un tout dont provisoirement le seul côté voilé nous est accessible… Et ce côté voilé est productif de quelque chose qui ne nous est pas révélé… La caducité de toutes choses nous fait souffrir parce qu’elle pèse comme une contrainte. (Dramatique, IV, p. 452).

1114. Sagesse

Prétention de Jésus de rassembler et concentrer sur sa personne toutes les aspirations religieuses de l’humanité, d’être le chemin, la vérité, la vie (Jn 14, 6). Quand il ajoute : « Personne ne va au Père si ce n’est par moi », il ne nie certes pas pour autant le salut final de tous ceux qui ne le connaissent pas et adhèrent à d’autres religions; mais il affirme expressément que ce ne sont pas ces religions qui donnent le salut, mais lui seul… Ce qui se trouve secrètement inscrit au plus profond de la prétention de Jésus, c’est le mystère de la Trinité. Jésus n’est pas venu en son propre nom, mais au nom du Père qui a fait reposer sur lui l’Esprit… Ce qui est bouleversant dans son message, c’est qu’il révèle la puissance divine dans l’absence de résistance, allant jusqu’au don de la croix : sagesse de Dieu qui apparaît comme folie, plus sage cependant que la sagesse de l’homme (1 Co 1-2). La cicatrice de l’ « Agneau comme égorgé » doit attester la vulnérabilité de l’amour trinitaire… Contraste entre la toute-puissance apparente du mal et l’impuissance apparemment mortelle des croyants (Apocalypse). (Dramatique, III, p. 406-420).

1115. Le vide

La sécheresse et l’absence de consolation, le vide et l’ennui, le dégoût et le sentiment d’inutilité qui saisissent à quelque moment tout contemplatif et qui… peuvent se prolonger comme une discipline étrangement dure pendant de longues périodes, sont vraiment la voie purgative… Même à quelqu’un auquel elle n’est peut-être plus « nécessaire », cette voie de la pénitence peut être imposée de nouveau et plus lourdement. La croix est pleine de sens en tout temps et en toute période de la vie… Elle est peut-être imposée par manière de substitution pour des requêtes ou des besoins déterminés ou généraux du royaume de Dieu; dans la prière des ordres contemplatifs, ce doit être souvent le cas…. Donc ne pas ériger en loi rigide la succession : vie purgative, vie illuminative, vie unitive. (La prière contemplative, p. 288-289).

1116. S’extérioriser

Par l’Incarnation, Dieu s’est extériorisé. (Mystère pascal, p. 32).

1117. Evénement central

L’Eglise ne peut être que celle qui représente cet événement central de l’histoire du monde : Dieu a prononcé sa parole… Et cette parole n’a pas été dite du ciel, d’une manière transcendante, mais elle est devenue chair, a habité parmi nous et a daigné devenir elle-même un nouveau centre pour la conscience de l’humanité. (Dieu et l’homme d’aujourd’hui, p. 178-179).

1118. La charge

Quelle charge est pour Dieu ce cosmos, avec toutes ces libertés aux aspirations divergentes, qu’il lui faut conduire ‘là où elle ne veulent pas’, sans pourtant les écraser de l’extérieur par sa grâce!… Il y aura toujours des hommes dans l’Eglise qui, par grâce, voudront porter eux aussi une part de la charge que Dieu et son Fils et son Eglise ont à traîner avec le monde. Ceux-là pensent à eux-mêmes moins qu’à toute autre chose… Au coeur de l’Eglise, il existe toujours uns petit troupeau qui ne peut contempler la souffrance du Dieu crucifié sans demander avec humilité de n’en être pas entièrement exclu. (Catholique, p. 52-53).

1119. Lourdes

Il est chrétiennement juste qu’il y ait des lieux comme Lourdes où l’on prie beaucoup. Mais il est tout aussi juste que, même dans ces lieux, les miracles, soit physiques, soit moraux, surviennent sans bruit. Ce ne sont pas les miracles qui se trouvent au centre, mais le fait que la grâce est offerte à des milliers de personnes de s’enfoncer plus profondément par la prière dans la volonté de Dieu, à l’intérieur d’une communion des saints qui sont en même temps malades et pécheurs. (Catholique, p. 86).

1120. Des plaies ouvertes

Le Christ est blessé à mort par le péché, et son corps transfiguré porte des plaies éternellement ouvertes. Même au jugement, les peuples devront regarder Celui qu’ils ont transpercé (Ap 1, 7). L’Eglise et le monde sont sans cesse lavés dans le sang du Christ qui coule éternellement (Ap 7, 14; 22, 14). Seul celui qui est blessé avec le Christ pour ses semblables et qui peut donner son sang avec lui participe à la purification du monde. (L’Apocalypse, p. 60).

1121. Provocation

Toute l’attitude de Jésus était une provocation ouverte pour le judaïsme officiel : il se fait juge de la Tora, ce qui revient à s’attribuer une autorité divine… de sorte qu’il devait compter avec la probabilité d’une mort violente. Ses paroles et ses gestes mettent sa vie en jeu. (Au coeur du mystère rédempteur, p. 17).

1122. Dépassement incessant

L’accomplissement néo-testamentaire était contenu sans doute dans les formes de la promesse ancienne, mais à son avènement elle scandalisa ceux qui n’étaient pas prêts à dépasser tout ce qui avait été compris jusqu’alors. De même tout croyant dans l’Eglise doit être prêt sans cesse à participer au passage de l’ancien au nouveau… pour être docile à l’Esprit Saint… S’avancer dans une attitude foncière d’attention et d’obéissance à l’égard de l’Esprit… Les surprises et les présents de l’Esprit à l’Eglise consistent avant tout dans la révélation des vérités qui sont d’une importance décisive pour une époque aussi bien de l’histoire de l’Eglise que de l’histoire du monde… Pas sous la forme d’un traité abstrait… mais dans la création d’un saint qui constitue pour son temps le message du ciel… La vie ne peut s’expliciter que par la vie… Les saints sont la tradition vivante. Les missions des saints tombent du ciel si verticalement… (Théologie de l’histoire, p. 108-110).

1123. Eucharistie

Eucharistie : une irruption de l’éternité dans le temps; mais cette irruption n’est suivie d’aucun départ de l’éternel hors du temps… Le pain et le vin consacrés sont le point où l’amour éternel fait irruption dans le temps et où le temps s’ouvre à l’amour éternel… On s’avance, on reçoit le Pain (et peut-être aussi le Vin), on le mange, on retourne à sa place et cinq minutes après on sort de l’Eglise. Le chrétien ne sait ni ce qui se passe en lui ni comment cela se fait. Il croit de son mieux, mais il sait bien qu’il ne réalise pas totalement. Il se console en pensant qu’il passera toute sa vie sans comprendre totalement… Le seul moyen que j’aie pour me préparer consciemment à l’irradiation de cette lumière, c’est la contemplation… La contemplation est l’attitude du croyant qui tente de se montrer reconnaissant, de réaliser en lui ce qu’il a reçu dans le sacrement, d’absorber et de digérer spirituellement ce qu’il a avalé matériellement. (Points de repère, p. 144-146).

1124. Le P. Balthasar vu par le P. de Lubac

Il est impossible d’étudier Schleiermacher sans être fortement impressionné – et cela toujours davantage à mesure qu’on pénètre sa pensée – par la richesse et l’étendue des tâches que cet homme s’imposait, par le bagage moral et intellectuel dont il disposait pour les entreprendre, par la persévérance virile avec laquelle il allait au bout du chemin dans lequel il s’était engagé sans se soucier de savoir si les circonstances lui étaient favorables ou non, et par l’art qu’il mettait en oeuvre pour chacun de ses travaux jusqu’au sermon dominical, comme en se jouant, et ainsi justement avec un sérieux suprême. Il était lié à Jésus par une relation personnelle que l’on est en droit de qualifier d’amour… Il fut un homme d’Eglise caractérisé. Sa vie durant, il a pensé, parlé et agi, conscient de sa responsabilité concrète. (Citation d’un texte de Karl Barth concernant Schleiermacher dans le livre du P. de Lubac Autres paradoxes, p. 130-131, et le P. de Lubac ajoute : « Cet éloge s’appliquerait bien à Hans Urs von Balthasar »).

1125. Bonheur

Dieu veut me faire participer à son éternelle béatitude… Considérer toutes choses comme don de Dieu. (Tu couronnes l’année de tes bontés, p. 23).

1126. Face à face

Le face à face entre l’homme et la femme est le fondement prévu pour qu’entre Dieu et l’humanité il puisse y avoir un semblable face à face. (La gloire et la croix. Nouvelle alliance, p. 420).

1127. Pas solitaire

Le Christ ne vit certainement pas en solitaire dans son Eglise, mais il y est avec tous les saints du Paradis, dont il ne se sépare pas. (Catholique, p. 114).

1128. Prison

L’humanité ne peut s’échapper ni de l’espace du Christ en général, ni de la loi de référence qui est créée par sa vie. C’est la vraiment la prison dans laquelle « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour leur faire miséricorde à tous » (Ro 11, 32). (Théologie de l’histoire, p. 68).

1129. Les bonnes manières

Marie était un membre de l’Eglise et, par conséquent, elle peut… apprendre à tous la bonne manière de dire oui. Jésus, en tant que Fils du Père éternel, se tient sur un tout autre plan que Marie, qui est un simple être humain… Et pourtant le Fils a voulu dépendre fortement de sa Mère… Dieu ne dédaigne pas de se rendre dépendant de l’homme : il a créé l’homme libre… et il prend au sérieux la liberté créée. (Marie première Eglise, p. 117).

1130. Fécondité

Rien n’a jamais été fécond dans l’Eglise qui ne soit passé de l’obscurité d’une longue solitude à la lumière de la communauté… Les missions, petites ou grandes (et tout chrétien a une) dérivent toutes du même point. Chaque mission commence dans le face-à-face avec Dieu et aboutit dans le corps de l’Eglise qui a de nombreux membres… Chaque envoyé doit d’abord s’être tenu seul devant Dieu. Et personne ne peut être envoyé si d’avance il n’a pas tout remis sans réserve, librement, comme un mourant doit le faire par contrainte. Ce n’est que lorsque tout est offert et abandonné radicalement, lorsque Dieu est libre – sans aucune réserve du croyant – de choisir en lui ce qu’il veut, qu’une mission chrétienne peut avoir lieu… Ce fruit est toujours un fruit d’amour, mais fondé sur le don de soi. (Cordula, p. 27).

1131. L’homme

Le chrétien doit d’abord apprendre à considérer les autres hommes et les choses avec les yeux de Dieu. Cela ne veut pas dire que l’homme cesse d’être une profonde énigme… L’homme en général, mais aussi tout homme en particulier, est un mystère… (Nous chrétiens, nous croyons) que Dieu présente une solution à l’énigme de l’homme… Dieu est assez grand pour accueillir cet être infiniment ouvert dans son ouverture bien plus grande encore… Au centre, l’homme existe comme une personne : il est voulu, aimé, c’est pour lui que Dieu meurt, pour aller le chercher et l’attirer à lui. (L’engagement de Dieu, p. 111-114).

1132. Expérience

La doctrine chrétienne part entièrement de l’expérience de la résurrection corporelle… C’est là que s’éclairent la vérité et le sens de la croix ainsi que tout ce qui concerne l’incarnation. (Dramatique, IV, p. 43).

1133. Prétention

Si Jésus a été crucifié sous Ponce Pilate, c’est sans aucun doute à cause de sa prétention, insupportable à des oreilles juives, d’être l’interprète suprême de la volonté et de l’enseignement de Dieu, de représenter Dieu de manière si personnelle qu’il osait pardonner les péchés et prendre au nom de Dieu le parti des pécheurs contre ceux qui, forts de leur zèle pour la Loi, cherchaient à se justifier eux-mêmes devant lui. (Dureté du NON de Jésus à toute force d’auto-justification, douceur du OUI à quiconque s’en remet à la miséricorde de Dieu dans une humble confiance). (Les grands textes sur le Christ, p. 224-225).

1134. Rencontre

« Ce qui intéresse la Bible, donc ce qui doit aussi nous intéresser, (c’est la question) de l’homme qui rencontre son Dieu et se tient devant son Dieu et auquel Dieu est présent » (K. Barth). Mas cet homme biblique est celui qui a été trouvé par Dieu et choisi par lui comme partenaire de son alliance. (La gloire et la croix, I, p. 322).

1135. Le centre

Tout ce qui, au cours de l’histoire de l’Eglise, mérite d’être appelé réforme a toujours été une exhortation active et efficace à revenir de la périphérie au centre. Le centre, c’est le Christ, et l’Écriture tout entière ne parle que de lui. (Retour au centre, p. 101).

1136. Alchimie

Lorsqu’un péché – qui est une chose bien réelle – est remis par l’absolution, il ne se résout pas dans le néant mais, par l’alchimie de l’amour divin, dans la souffrance du Christ. (Triple couronne, p. 67).

1137. Engagement

Dieu s’est engagé totalement pour l’homme et il est en droit d’attendre des hommes qui ont compris le caractère suprême de son engagement… qu’ils fassent au moins l’essai. (La vérité est symphonique, p. 66).

1138. Approches

Le christianisme apporte à la philosophie religieuse un renversement complet du point de départ. Il ne s’agit plus de savoir comment l’âme peut s’approcher de Dieu mais d’apprendre comment, de fait, Dieu s’est approché de nous. (Présence et pensée, p. 101-102).

1139. L’humanité

Jésus Christ ne peut être compris qu’en rapport avec toute l’histoire de l’humanité et tout le cosmos créé. ( La gloire et la croix, I, p. 25).

1140. La patrie

La patrie à laquelle l’homme aspire, c’est Dieu. Ce n’est pas l’homme qui est chez lui dans le monde, c’est le monde dans l’homme. Et il est là pour l’homme : il est son soubassement et le moyen de son errance. (Triple couronne, p. 100).

1141. Le feu

Le feu allumé dans le coeur des disciples d’Emmaüs par le voyageur qui les accompagne est un feu qui s’élève d’un entretien ayant pour objet l’histoire passée du salut, mais celle-ci est expliquée par le Seigneur présent et elle allume dans les disciples l’ardent désir d’obtenir dans l’avenir la vision… du Seigneur disparu. (Prière contemplative, p. 160).

1142. La route

Dans la Bible : est-ce Dieu qui révèle ses vues sur l’homme ou est-ce l’homme qui exprime les siennes sur Dieu? … Il faut laisser la Bible être la Parole de Dieu à l’homme… Ajouter cependant que Dieu a parlé à plusieurs reprises et de diverses manières (Hb 1, 1). L’ancienne Alliance est une promesse aux multiples aspects; l’accomplissement est unique et il se trouve dans la nouvelle Alliance… La foi consiste à suivre le Dieu qui est en marche à travers le temps et qui montre la route sans qu’on puisse savoir d’avance où elle mène. Ce sera toujours comme pour Abraham et pour le peuple au désert. Dieu peut en tout temps donner de nouvelles instructions. (Dialogue, p. 28-31).

1143. Rédemption

Une telle fin (des temps) n’a de sens que si le Dieu libre qui a créé le monde dans le temps en le tirant du néant… vient à la fin des temps… sauver sa création tout entière en la tirant de la mort pour l’introduire dans la vie. (La foi du Christ, p. 215).

1144. Le sens de l’existence

Le monde moderne, marqué par la science, recherche le sens de sa propre existence. Il a besoin d’une vision du monde, d’une philosophie, qui le justifie, qui justifie le travail des hommes. L’homme est une question pour lui-même. L’homme est un être ouvert sur le tout. Dans ce tout, en face de l’homme, une religion qui lui promet et lui montre autre chose qu’un simple écho de son être renvoyé par le cosmos. Le Verbe de Dieu, qui n’est pas dérivé d’autre chose, qui n’est pas contenu dans l’être naturel de l’homme. (Dieu et l’homme d’aujourd’hui, p. 29-30).

1145. Tendresse enfantine

L’incarnation de Dieu, c’est trop beau pour être vrai. Ou plutôt : si cela n’était pas, il faudrait l’inventer. Cela dépasse l’imagination humaine. Qui oserait attribuer à l’Absolu cette tendresse enfantine? Le Christ inscrit dans l’histoire quelque chose qui se résume en quelques mots : Dieu trine, Dieu homme, mort salvifique et résurrection à la vie de Dieu, le tout uni par une pensée infiniment simple : l’amour éternel, Dieu amour, Dieu homme par amour, cet amour se prouvant par l’absorption de la mort. Le christianisme épuise par là le contenu de toute religion possible. L’Être absolu, pour exprimer l’amour absolu, va jusqu’à la mort, la séparation, le néant. Que pourrait-il y avoir au-delà? Ne sera-ce pas assez d’avoir ce soleil toujours devant soi, à l’horizon de tout progrès et de celui du monde. (Le Christ à venir, p. 226).

1146. Un amour les appelle

L’homme est orienté vers un salut qui dépasse la condition terrestre et qui ne peut se trouver qu’en Dieu. Si l’on part des forces de l’existence terrestre vouée à la mort, ce salut n’est absolument pas accessible sans le secours divin, sans que la divinité se dévoile à l’homme et se penche vers lui. Le fait décisif neuf se trouve dans la libre personnalité du Dieu infini qui s’est révélé à Abraham, à Moïse et aux prophètes et finalement dans le Christ, et qui accordait à l’homme, gracieusement, le salut inaccessible en le faisant pénétrer dans sa réalité intime et céleste… Et l’homme est capable de comprendre que le monde et lui-même ont une origine transcendante, donc qu’ils ont été créés par une intelligence surpuissante et qu’ils sont donc appelés aussi à une fin transcendante, qu’un amour les appelle. (De l’intégration, p. 92-94).

1147. L’avenir

Avec le mot d’obéissance, nous touchons à coup sûr à la disposition la plus intime de Jésus, et il est sans doute plus important et plus salutaire à l’obéissance parfaite de ne pas vouloir connaître à l’avance l’avenir, pour l’accueillir de la main de Dieu avec une parfaite fraîcheur quand il arrive. (Dans la revue Communion, Janvier-février 1979, p. 38).

1148. Fécondité

La Passion de Jésus Christ : il la connaît d’avance et il en a aussi distribué le fruit à l’avance. En quoi consiste sa souffrance? Non pas d’abord en une torture physique qu’à l’époque des milliers d’hommes eurent à endurer comme lui, mais en quelque chose de plus profond : dans le fait qu’il soit délaissé par Dieu qu’il appelle son Père de manière toute particulière. Il savait par expérience qui est Dieu et il a perdu ce Dieu, apparemment pour toujours. Il ne suffit pas de dire qu’en Jésus Christ Dieu se sent solidaire de ceux qui souffrent. Il faut plutôt utiliser la notion de substitution : un seul expie les fautes des multitudes… Jésus boit la coupe jusqu’à la lie… pour nous… non pas pour que nous n’ayons pas à souffrir, mais pour que cette souffrance dépourvue d’un sens ultime reçoive en lui un sens suprême, celui d’aider à expier pour le monde… La souffrance portée à la suite du Christ peut, elle aussi, avoir part à cette fécondité… Il faut le dire avec insistance à tous ceux qui souffrent : ils appartiennent probablement bien plus à l’humanité que les actifs et les affairés… Cela fait partie du caractère absolument unique de l’enseignement chrétien… Le chrétien a la possibilité de faire par avance bénéficier d’autres du prix lié à sa souffrance, et on peut être sûr que, s’il le fait, Dieu ne sera pas regardant. (Dieu et la souffrance, p. 16-22).

1149. Le Thabor

Il n’y a pas de voie chrétienne vers Dieu… qui ne porterait pas l’empreinte de l’événement de la croix… Au Golgotha, le Christ se charge pour nous et à notre place de l’universel péché : c’est la solidarité dans la déréliction, par amour pour ceux qui se sont détournés de Dieu, et en vue de leur réconciliation… Ce n’est pas la lumière du Mont Thabor qui est le sommet de l’existence terrestre de Jésus, mais les grandes ténèbres où le plonge le supplice de la croix alors qu’il clame sa déréliction dans un grand cri. (Nouveaux points de repère, p. 115).

1150. Expérience

A tout chrétien est accessible une certaine expérience de la vérité chrétienne en vertu du déploiement en lui des dons du Saint Esprit, tandis que les dons mystiques extraordinaires… ne sont donnés qu’à certains individus d’après le bon vouloir de Dieu, mais pour l’utilité de l’Eglise. (Simplicité chrétienne).

1151. Utopie

L’utopie d’une existence sans contrariété, si désirable qu’elle puisse paraître – là où tout serait joie sans souffrance, bonheur sans peine ni effort, amis sans adversaires – ne nous est, honnêtement parlant, même pas imaginable. D’ailleurs si elle l’était, elle n’échapperait pas au soupçon d’engendrer l’ennui… En fait les maux de l’univers… ne paraissent qu’augmenter à mesure que l’homme assume davantage lui-même la conduite de l’histoire. (Dramatique, III, p. 101).

1152. Substitution

Le grand mystère de la souffrance substitutive de Jésus sur la croix. Il a pris sur lui notre faute pour nous redonner accès à la joie inconditionnelle. Dans la nuit de l’absence de Dieu, il nous a ouvert la route vers l’immense domaine de Dieu. Il nous a ouvert aussi le chemin de ce qu’on peut appeler « souffrir avec lui »… Saint Paul en tire la conséquence : « Je complète en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Eglise » (Col 1, 24). La souffrance du chrétien est féconde en particulier lorsqu’elle conduit à la nuit obscure de l’esprit… Lorsque nous cessons de ressentir la joie, nous pouvons espérer que notre obscurité génère la lumière dans d’autres coeurs. (Tu couronnes l’année de tes bontés, p. 24-25).

1153. Le secret

Ne refuser aucun des chemins que Dieu nous ouvre pour accéder au secret de son amour éternel. (Les grands textes sur le Christ, p. 89).

1154. Dissolution

A l’inverse du sein maternel qui, pour le nouveau-né, était chaleur vivante et nourriture, la tombe où disparaît le cadavre n’est plus que glaciale dissolution. (Dramatique, III, p. 111).

1155. Plénitude

La liberté de la personne humaine trouve sa plénitude dans la rencontre avec une liberté divine personnelle qui lui marque sa sollicitude. (Dramatique, II, 1, p. 170).

1156. Abnégation

En Jésus nous est révélé l’amour du Père, amour qui, dans la mesure justement où il décide l’incarnation de Dieu dans le monde, est un amour qui manifeste la plus profonde abnégation. Par amour pour le monde, le Père renonce à ce qu’il a de plus cher, son Fils, il ne le ménage pas (et ne se ménage donc pas lui-même), il l’abandonne à la déréliction. Cet aspect du renoncement divin se reflète dans tous les moments de l’existence de Jésus. C’est précisément parce qu’il aime le monde et les hommes que Jésus donne sa vie pour eux… Le sens et le but de l’incarnation, c’est la croix pour nous, et la résurrection pour nous également… L’acceptation par le Fils de son incarnation (il s’est laissé porter dans le sein de la Vierge comme semence du Père par l’Esprit Saint) est déjà un acte de l’amour de renoncement… (Le Fils se tient comme disponible pour la volonté de salut du Père). Devenir disciple, c’est être appelé à s’aligner autant que possible sur cette disponibilité du Fils. (Points de repère, p. 172-173).

1157. Jugement dernier

Tout l’accent est placé sur le jugement particulier de chaque homme après sa mort, et le jugement dernier n’en est, à proprement parler, que la confirmation publique devant le monde entier. (Dramatique, IV, p. 318).

1158. Prise en charge

Les hommes qui se sont remis de tout à Dieu sont aussi par Dieu complètement pris en charge et complètement accomplis. (Triple couronne, p. 111).

1159. Baptême

Il y a dans le baptême une grâce initiale objective, inaccessible à l’expérience. Grâce qui n’est qu’un point de départ pour les expériences de la grâce. (La gloire et la croix, I, p. 230).

1160. Disparition

Le Christ a accepté de porter tout péché et d’être abandonné à la place de tous. Le oui de Marie… est communion à sa torture, à sa disparition dans la nuit… (Cordula, p. 31).

1161. Le mystère des Ecritures

Jésus le Ressuscité explique lui-même les Ecritures en se les appliquant à lui-même : Tout ce qu’ont annoncé les prophètes, tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les prophètes et les psaumes, il fallait que cela s’accomplisse (Lc 24, 44)… Jésus reprend sa préhistoire dans l’ancienne Alliance pour expliquer sa propre histoire terrestre, sa Passion, sa résurrection. Jésus occupe une place définitive dans le dessein de Dieu. Il est la plénitude (Jn 1, 16). Désormais Jésus seul suffit. Mais il fallait et il faut toujours le trésor de mots et d’images de l’Ancien Testament pour appréhender l’événement de la vie de Jésus et surtout sa Passion et sa résurrection. Saint Jean le dit plus d’une fois : ce n’est qu’après la résurrection que les disciples ont compris une parole de Jésus (Jn 2, 22; 12, 16). Marc aussi écrit tout son évangile dans une perspective postpascale (Mc 1, 1). Il cherche à faire comprendre comment Jésus a pu rester caché. Jésus devient le centre souverainement signifiant qui ordonne magnétiquement autour de lui tous les sens fragmentaires des Ecritures ». ( Le mystère pascal, p. 219-220).

1162. Disponibilité

L’audition de la Parole de Dieu suppose la totale disponibilité de l’homme : « entendre » de toute son âme et de toutes ses forces, et accepter le contenu de la Parole comme vérité de Dieu, avec une disposition d’ouverture totale qui ne prétend pas tout savoir d’avance… « Ecoute, Israël, ainsi parle le Seigneur ton Dieu ». (Dans un article de la revue « Concilium », n° 29, 1967, p. 46).

1163. Un nouveau oui

L’homme devrait avoir la force de répondre en plénitude à Dieu et aux autres hommes; mais le centre libre de la personne est comme paralysé; cette paralysie a quelque chose de démoniaque, aussi la Bible la dépeint-elle comme une tyrannie du démon, le prince de ce monde, s’exerçant sur l’humanité. Cet asservissement a pour conséquence toutes sortes de falsifications de l’échelle des valeurs; il n’est foncièrement brisé que par la mort exemplaire du Christ qui le supprime pour tous ceux qui s’attachent à sa force d’amour. On ne peut pas dire que le Dieu qui auparavant s’était détourné de l’homme et ne lui était plus favorable se tourne à nouveau favorablement vers lui : ce serait un anthropomorphisme grossier; c’est l’homme au contraire, coupé de la grâce par son refus de Dieu, qui dit maintenant à Dieu un nouveau oui. (De l’intégration, p. 101).

1164. Le Père

Ce que nous avons appris de Jésus Christ, c’est que l’homme est admis dans l’intersubjectivité divine. Jésus Christ nous invite à appeler avec lui Dieu « Abba », le Père de la Trinité, tandis qu’il porte nos péchés qui nous empêchent de dire : « Père ». L’ouverture illimitée du Christ au Père lui permet de porter en lui vers le Père le prochain fermé sur lui-même… Le plus important s’accomplit dans la prière, dont les dimensions s’étendent jusqu’à l’abandon sur la croix. (Cordula, p. 98-99).

1165. Proximité de Dieu

Dieu n’est jamais plus proche de nous que dans l’humilité et la pauvreté de l’indifférence, dans la disponibilité à la mort et dans le refus de toute tentative pour s’emparer de lui et se l’annexer. (De l’intégration, p. 113).

1166. La valeur de la vie humaine

La résurrection du Christ d’entre les morts concerne l’homme de façon décisive, car la résurrection du Christ change complètement aussi bien la valeur de la vie humaine individuelle que l’histoire de l’humanité. (Les grands textes sur le Christ, p. 248).

1167. Entrer dans la lumière

La pénitence n’est pas quelque chose d’anonyme. La Parole de Dieu s’adresse directement à Adam : « Où es-tu? », à Caïn : « Qu’as-tu fait de ton frère? », à David : « Cet homme, c’est toi », à Pierre : « M’aimes-tu plus que ceux-ci? », à la Samaritaine : « Va chercher ton mari », à Thomas : « Viens et mets ta main ici ». Chacun doit pénétrer tout seul dans la lumière. (Points de repère, p. 185-188).

1168. Traduction

« Là où est le Seigneur, là est l’Esprit, et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3, 17). C’est ainsi qu’il faut traduire et non « Le Seigneur est l’Esprit, et l’Esprit du Seigneur est la liberté ». (La vie surgie de la mort, p. 58).

1169. Désintéressement

Où il y a naissance, il y a déjà mort. Et comme les hommes fuient devant la mort, de même les mères tendent à s’accrocher à leurs enfants pour qu’ils n’aillent pas loin d’elles s’exposer à la mort. En vérité, la mère, par la naissance, est déjà dépossédée. Elle peut accompagner un bout de chemin l’enfant qui part à la hâte, aussi longtemps qu’il a besoin d’elle, mais cela doit se faire dans le renoncement. Il en va de même pour nos oeuvres en général, et surtout pour les plus spirituelles, personnelles, désintéressées et fécondes. Une fois posées, elles ne nous appartiennent plus, elles sont remises à la disposition de la Providence de Dieu. (Triple couronne, p. 33).

1170. Prière

L’acte foncier de chaque prière est un oui inconditionné à la volonté de Dieu. Une prière n’a un sens authentique que si elle repose sur un oui inconditionné à la Parole de Dieu. Partout où ce oui est présent – même inavoué, secret, mais foncier – la prière fondamentale est là. (Nouveaux points de repère, p. 45).

1171. L’humanité

L’Eglise doit être perçue comme une réalité dynamique avec des hauts et des bas qui vont de la cime mariale jusqu’aux bas-fonds du dernier pécheur, dont la vie de grâce s’est éteinte par la mort du péché et qui, malgré cela, reste dans l’Eglise soutenue par le Christ et ses frères qui souffrent pour lui en se purifiant et en se sanctifiant. Là est le mystère de la communion des saints… Mais l’Eglise ne vit pas à l’abri d’un mur qui la protège et la limite : au contraire, elle a une mission envers l’humanité. En s’incarnant, le Christ ne visait pas seulement à sauver un petit nombre d’élus jugés dignes de la rédemption, mais l’humanité entière… Aussi l’Eglise a-t-elle, auprès de Marie, un devoir de corédemption et de médiation à l’égard de l’humanité. (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 196).

1172. Aller à Dieu

L’existence de Jésus a pour but d’aider l’homme à aller jusqu’à Dieu… L’Eglise ne doit être rien d’autre que l’expression de la figure du Christ au milieu de ceux qu’il appelle ses frères. (La gloire et la croix, I, p. 475).

1173. Naufrage

La réconciliation du monde avec Dieu : c’est ainsi que Jésus comprend sa mission. A un moment donné, Jésus connaît le naufrage du non-sens : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Il a porté le péché en expérimentant intérieurement ce qu’est le péché en vérité : la privation de la gloire de Dieu (Ro 3, 23), expérience semblable à celle de l’enfer sous son aspect de définitive perte de Dieu (HUvB, dans Boulnois, Je crois en un seul Dieu, p. 140-141).

1174. La foi

Une foi sans la pratique qui correspond à cette foi est une foi morte. Et la première oeuvre de la foi consiste à ne pas résister à Dieu, à lui faire confiance totalement et à se livrer à l’agir de Dieu. (La vérité est symphonique, p. 92).

1175. Connaissance de Dieu

Combien est limitée la connaissance de Dieu que possèdent les individus! D’où la nécessité fondamentale où ils se trouvent de la compléter par celle de toutes les autres créatures. (En lisant Claudel, dans Dramatique, III, p. 385).

1176. Eglise de pécheurs

Tout au long de l’histoire, l’Eglise reste une Eglise de pécheurs, et ses saints sont les premiers à se reconnaître comme tels… Nécessité pour l’Eglise de prier chaque jour : « Pardonne-nous nos offenses », tant que dure le temps d’ici-bas… Jamais l’Eglise n’est parfaitement à la hauteur de ses tâches. (Marie première Eglise, p. 116).

1177. Mission

« Mission » veut dire que Dieu m’envoie au monde, à mes semblables (peut-être pour une action bien précise), peut-être pour compatir dans la Passion du Christ, à la croix, lieu par excellence des ordres contemplatifs. L’essentiel de l’attitude de toute mission est d’être disponible à tout ce que Dieu veut. Remise de soi entre les mains de Dieu pour que Dieu seul en dispose. Et Dieu en dispose toujours au profit du monde. (Nouveaux points de repère, p. 116).

1178. Vatican II

Mot d’esprit de Mgr von Streng (Bâle) qui n’avait pas pris de théologien avec lui pour le concile Vatican II : « Je n’ai pas amené à Rome de théologien; un plus intelligent que moi : de quoi aurais-je eu l’air? Un aussi intelligent : à quoi bon? Un peu plus bête : je n’en ai pas trouvé ». Conclusion du P. de Lubac : « Il aurait bien fait cependant d’amener Balthasar. Personne, semble-t-il, ne l’a exclu, mais personne n’y a pensé ». (H. de Lubac, Carnets du concile, t. II, p. 251).

1179. La gloire et la croix

En avril 1965, le P. de Lubac lit en traduction le premier volume du P. Balthasar : « La gloire et la croix ». Le concile Vatican II se terminera en décembre 1965. Réflexion du P. de Lubac : « Le concile est privé d’un des hommes qui auraient pu lui apporter le plus de lumière; on n’a sans doute pas voulu l’exclure, mais ni Rome ni son évêque n’ont pensé à lui ». (H. de Lubac, Carnets du concile, t. 2, p. 394).

1180. Services

11 novembre 1965, au cours de la dernière session de Vatican II. On apprend au P. de Lubac qu’une modeste fête a été organisée à Bâle pour les soixante ans du P. von Balthasar. Réflexion du P. de Lubac: « Depuis six années (préparation, puis concile) Balthasar est tenu écarté; non pas même volontairement exclu, mais nul n’a pensé à lui. Que de services il aurait rendus! L’Eglise s’est ainsi privée du meilleur de ses théologiens ». (H. de Lubac, Carnets du concile, t. II, p. 456).

1181. Frêle esquif

Le monde entier, avec toute sa solidité, vogue comme un frêle esquif sur la profondeur insondable. Seul élément absolu et décisif : l’amour inexplorable du Père. (La prière contemplative, p. 43).

1182. Origines

L’origine d’une nouvelle vie est aussi secrète que la résurrection du Seigneur. (De l’intégration, p. 260).

1183. Relations

C’est sans aucun doute un fait historique que Jésus a appelé des disciples, qu’il les a invités à le suivre dans sa propre vie d’une manière personnelle, et par là a érigé consciemment son propre être en modèle, montrant comment on parvient à la véritable relation avec Dieu. (Les grands textes sur le Christ, p. 214).

1184. La joie parfaite

L’Eglise ne peut jamais s’établir dans l’événement de Pâques – et par suite dans la joie parfaite de Pâques – de telle sorte qu’elle ne devrait pas se trouver toujours aussi en route avec Jésus vers la croix, non seulement en tant que pécheresse qui se réjouit d’être bientôt rachetée de ses péchés, mais aussi en tant que l’amante qui a devant les yeux quel prix l’aimé va avoir à payer pour cette rédemption. (Nouveaux points de repère, p. 239).

1185. La colère

La colère de Dieu (dans l’Ecriture), c’est la détermination totale de l’amour à ne pas pouvoir pactiser avec le mal, à ne pas vouloir pactiser avec le mal… Le mal qui s’est incrusté dans le coeur des hommes doit disparaître à tout prix et être jeté hors du monde. (L’Apocalypse, p. 87).

1186. Prière de sécheresse

Méditation chrétienne telle que tous les saints l’ont connue et comprise : se tenir là où « cela fait du bien » non pas à un tel mais au salut du monde entier, dans une prière de sécheresse et, si Dieu le veut, de déréliction… L’Ecriture dit seulement : Bienheureux les pauvres en esprit, les mendiants à la porte de Dieu, qui y frappent et qui, lorsque la porte leur sera ouverte, seront accueillis comme les enfants du Père. (Une méditation trahison, dans la revue Axes (octobre-novembre 1978, p. 13).

1187. Père

Lorsque l’Esprit crie « Abba, Père » en celui qui ne sait pas prier (peut-être parce que Dieu est pour lui trop grand ou trop loin ou trop près), cette parole n’est pas une parole audible, mais peut-être seulement une parole silencieuse se dégageant de l’être. (Dieu et l’homme d’aujourd’hui, p. 233).

1188. Le vrai

L’homme n’est dans le vrai que lorsqu’il vit dans la vérité de Dieu (Et cette vérité, Dieu en a fait don à l’homme par la révélation biblique). (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 78).

1189. La semence de Dieu

Le Christ vivait de la vérité donnée à chaque instant par le Père… Dans une attitude de pleine disponibilité, chercher à comprendre les signes des temps… Recevoir de Dieu le contenu et l’explication de sa vie… Recevoir son temps comme donné à chaque instant par Dieu. Et l’état d’ouverture de l’homme à Dieu, c’est la foi et la prière… Le Fils se comporte dans une certaine mesure d’une manière réceptive et comme féminine à l’égard de la volonté du Père; de même l’Eglise et tout croyant à l’égard de la vie du Fils. L’effusion de cette ‘semence de Dieu’ (1 Jn 3,9) est l’événement le plus intime de l’histoire. (Théologie de l’histoire, p. 115-116).

1190. Les paroles de la vie éternelle

L’événement de la naissance de l’Eglise à partir du Christ est un événement permanent, se produisant à chaque instant, et la structure ministérielle permanente (institution) est ce qui garantit la possibilité de participer en chaque temps à l’événement originel… La fixation définitive de la Parole de Dieu dans l’Ecriture est la condition pour que les paroles de la vie éternelle (Jn 6,68) restent sans cesse accessibles dans leur force originelle, mais cela à vrai dire seulement si elles sont reçues et comprises dans le courant vital de la « tradition » qui assure la liaison avec l’original. (Dramatique, II, 2, p. 284).

1191. Le sens de l’existence

C’est l’existence individuelle du Christ qui donne un sens à toutes les autres existences dans le temps, aussi bien à celles du passé qu’à celles de l’avenir. La signification donnée au passé n’est qu’en apparence plus étonnante que la signification donnée à l’avenir. (Théologie de l’histoire, p. 74).

1192. Pourquoi n’aimer qu’une femme?

« Pourquoi n’aimer qu’une femme quand on pourrait en aimer mille? », demande Don Juan… Une connaissance mutuelle trop intime peut détruire l’attente toute fraîche du don qu’apporte l’autre. (L’amour seul est digne de foi, p. 78).

1193. Le pécheur

Le pécheur : celui qui a renoncé à la quête d’une vraie réalité,… qui connaît le morne ennui d’une vie sans Dieu. (Le chrétien Bernanos, p. 350).

1194. Eucharistie

Ils ne sont peut-être pas nombreux ceux qui ont pleine conscience de ce qui est douloureux dans l’acte sacrificiel auquel ils participent et qui savent vraiment que, dans cette action, chaque fois qu’elle se produit, ils annoncent la mort du Seigneur (1 Co 11,26). Mais au moins doivent-ils y consentir en marchant sur les traces du Crucifié. (Dramatique, III, p. 369-370).

1195. Tentations

La tentation subie par Jésus au début de son activité l’a fortifié dans ses certitudes : en présence de son destin qui contient la volonté absolue et exigeante de Dieu, il n’a aucune possibilité d’agir avec des moyens et des pouvoirs surhumains qui se trouveraient peut-être (magiquement) à sa disposition; mais comme l’exige l’incarnation authentique, il ne peut agir qu’avec les forces accordées par Dieu et, du côté humain, uniquement avec la pauvreté, l’obéissance et l’abandon. (La gloire et la croix. III. Théologie. 2. Nouvelle Alliance, p. 145).

1196. Souffrance

La souffrance du monde n’est-elle pas le meilleur prétexte aux accusations contre Dieu. (Triple couronne, p. 72).

1197. L’énigme

Sans la relation essentielle de l’homme au mystère du Christ, l’homme demeure nécessairement une énigme insoluble. Et donc ce n’est pas un hasard si jusqu’ici on ne lui a jamais trouvé de solution. Le caractère insaisissable de l’homme provient de son face-à-face avec le mystère de Dieu qui est par essence inconnu; l’homme, fait à l’image de Dieu, porte nécessairement en lui quelque chose de ce caractère mystérieux. (Dramatique II, 1, p. 300).

1198. L’amour

L’amour chrétien : il est miséricorde qui vient du coeur, disposition bienveillante d’accueil, sentiment d’humilité, douceur qui ne se défend pas, patience pleine de générosité, disposition à supporter le prochain insupportable, pardon parce que Dieu a pardonné. (L’amour seul est digne de foi, p. 164).

1199. Le pont

Comme le Christ lui-même dont elle porte la figure, l’Eglise a à servir de pont entre Dieu et le monde. Elle apparaîtra donc d’autant plus digne de foi qu’elle sera davantage une transparence laissant voir Dieu, de même que dans le Christ, tout, jusqu’à la dernière fibre, laisse transparaître le Père. (La gloire et la croix, I, p. 474).

 

 

 

 

 

 

26/05/2011. A suivre

 

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