Les chemins de la foi. VIII

 

Hans Urs von Balthasar

 

Les chemins de la foi

Pensées d’un croyant

VIII

 

1390. Sacrement

Le sacrement est la garantie que la grâce du Christ est toujours à la disposition de l’homme (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 202).

1391. Un feu

Dieu n’a besoin de damner personne : qui ne veut pas Dieu se condamne lui-même… Celui qui refuse Dieu, un feu le dévore, un feu qui est en lui-même (Dieu et le drame du monde, dans Communio, 2011, p. 7).

1392. Rencontres

Innombrables sont les manières dont le Verbe se rend intelligible à nos yeux… La diversité qui se manifeste dans les expériences des mystiques n’est qu’un symbole de la diversité des rencontres dans la grâce et dans la prière… L’important est que le croyant s’ouvre et se donne en toute humilité et abandon (De l’intégration, p. 257).

1393. Rayonnement

En vertu de l’Incarnation, l’humanité tout entière pénètre dans le rayonnement de la lumière d’en-haut qui éclaire tout homme (Jn 1,9)… Par Jésus, le règne de Dieu sur terre est en train d’arriver… A tous ceux qui acceptent son message, même aux égarés, il ouvre l’accès à Dieu comme à un Père très aimant (Dramatique III, p. 156).

1394. On l’assassine

Jésus-Christ est langage et parole de Dieu dans la parole et le langage de l’homme. Jésus-Christ est un homme mortel qui est la Parole du Dieu immortel. Le Christ a attribué plus d’importance et plus de force de persuasion à sa parole qu’à ses œuvres miraculeuses : en fin de compte, les miracles ne font que confirmer la parole… Sur la croix, il a vraiment pris la place des pécheurs, il a pris sur lui et réduit à néant tous les refus, tous les « non » que l’homme oppose à Dieu; et à la place, il a présenté à Dieu le « oui » du monde et de l’homme. La Parole de Dieu, Jésus-Christ, est en même temps la parole suprême de l’homme et du monde; elle meurt et ressuscite. On l’assassine et elle se relève d’entre les morts pour remonter vers Dieu dans une nuée de gloire qui la cache à ses ennemis (De l’intégration, p. 248-249).

1395. Précarité

Impuissance de la croix et toute-puissance de Dieu… Chrétiens, nous sommes dans une situation bien plus précaire que nous ne voudrions. Nous sommes radicalement exposés. Le Christ désavoue le glaive de Pierre contre Malchus. Le seul glaive du chrétien : la Parole de Dieu, la prière, la vérité, la justice, la paix, la grâce de Dieu (« Ma grâce te suffit »). Cela veut dire qu’en toute situation précaire le chrétien a la garantie de recevoir de Dieu toute protection céleste. S’il se dérobe par la fuite à sa situation précaire, la protection l’abandonne… La supériorité de la puissance divine ne sauve le chrétien que dans sa propre impuissance. Les richesses de Dieu ne sont là que pour celui qui est sincèrement et effectivement pauvre (Qui est chrétien?, p. 112-113).

1396. Eucharistie

En participant à l’eucharistie, nous devons devenir de plus en plus conscients (dans la foi) que le sacrifice qui est celui du Christ nous englobe comme sujets passifs (il est mort pour nous) et il faut ensuite que nous y adhérions comme des sujets actifs. Mais parce que les croyants sont encore pécheurs, dans les prières de la messe il s’agit plus d’une demande que d’une assertion : nous implorons Dieu qu’il veuille bien nous intégrer dans le sacrifice du Christ en considération de ce sacrifice du Christ qui lui est offert (Dramatique III, p. 367).

1397. Les religions

Le christianisme prétend que le message chrétien a quelque chose d’absolu. Ce qui est vérité (partielle) dans les « religions païennes » appartient à la vérité totale dans le Christ qui, en tant que vérité totale, élimine le partiel en soi… Aucune autre religion ne lui répond avec une exigence tant soit peu semblable (Nouveaux point de repère, p. 351-352).

1398. L’Esprit Saint

C’est l’Esprit Saint qui, en éclairant la vie de Jésus, lui communique la figure d’une norme valable à chaque instant… Ce n’est pas une nouvelle révélation, mais il dévoile toute la profondeur de la révélation déjà accomplie et il lui donne par là une dimension toute nouvelle pour le monde : sa parfaite actualité à chaque instant de l’histoire (Théologie de l’histoire, p. 79).

1399. Fécondité

Rien n’a jamais été fécond dans l’Eglise qui ne soit passé de l’obscurité d’une longue solitude à la lumière de la communauté (Cordula, p. 27).

1400. Dieu ne tient pas à lui-même

Dieu nous apparaît comme ne tenant pas à lui-même, comme sortant de lui-même pour s’incarner dans la finitude concrète. Ce qui permet aux êtres finis de le recevoir et de le comprendre tel qu’il est en lui-même comme celui qui ne cherche pas à se préserver lui-même. Ainsi sont-ils initiés par lui à l’amour qui donne sans cesse : la conscience de soi, la possession de soi et de l’être ne progressent que dans la mesure où l’être en soi et pour soi fait davantage éclater ses barrières et s’ouvre à la communication, à l’échange, à la sympathie avec l’humanité totale… L’amour de Dieu pour cet enfant qu’est le monde. (L’amour seul est digne de foi, p. 19-83-186).

1401. La surface

Le péché n’a aucune profondeur, « il nous fait vivre à la surface de nous-mêmes, nous ne rentrerons en nous que pour mourir, et c’est là qu’Il nous attend » (Le chrétien Bernanos, p. 121).

1402. Pentecôte

Le miracle de la Pentecôte annonce aussi bien la volonté que le pouvoir de l’Esprit divin de se rendre universellement compréhensible dans la plus grande diversité des langues du monde (La vérité est symphonique, p. 48).

1403. Les profondeurs divines de l’homme

L’homme est-il fait pour un simple idéal humain? Toutes les philosophies, tous les systèmes de pensée et d’explication du monde le pensent. Le propre de la révélation chrétienne, c’est qu’elle interprète l’homme non en fonction de l’homme mais en fonction de l’espace préparé pour lui par l’amour de Dieu : l’homme est jugé par l’amour, orienté vers lui, libéré pour lui, rendu capable de lui. C’est là que se lève le mystère du Fils de Dieu qui est en même temps fils de l’homme. C’est à ce double titre que le Christ n’est pas simplement rivé à un simple idéal humain mais qu’il est capable de racheter les hommes de leurs limites et de leurs insuffisances. L’homme livré à lui-même, avec son horizon purement humain, son idéal simplement humain, est aliéné de lui-même. Le Christ est venu révéler à l’homme ses profondeurs divines vers lesquelles l’homme se met en marche par la foi, l’espérance, l’amour, l’obéissance, la prière, l’élévation de tout son être vers Dieu. En Dieu, il y a un espace d’amour entre le Père et le Fils. Et le Fils est venu appeler les hommes à rejoindre cet espace éternel (De l’intégration, p. 81).

1404. La lumière de la résurrection

L’unique lieu d’où s’éclaire quelque peu l’obscurité de l’avenir décisif de l’homme et de l’humanité, est bien la résurrection du Crucifié. Le ressuscité, durant les quarante jours, s’offre au toucher, puis il se retire et s’évade dans l’insaisissable. Il dégage l’impression d’une amplitude inouïe (« Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ») ainsi que d’une maîtrise extraordinaire sur sa corporéité puisqu’il se démultiplie en quelque sorte dans l’eucharistie. Les quarante jours nous montrent que rien de ce qui est familier ici-bas ne se perd en Dieu ou  n’y est devenu étranger. Durant les quarante jours, le ciel manifeste qu’il est en train de descendre sur la terre (Dramatique IV, p. 341).

1405. Irruption

Dès le premier mot de l’Évangile, Jésus est le Messie, le Fils de Dieu (Mc 1,1) ou il n’est rien du tout; on le comprend ainsi ou on ne le comprend absolument pas… Et cela, c’est l’incompréhensible irruption de l’amour trinitaire éternel (Nouveau Testament, p. 78).

1406. Hiéroglyphe

Sans la lumière de la Révélation, l’homme reste un hiéroglyphe incompréhensible, et même contradictoire. La croix et la résurrection, comprises comme l’amour et la gloire de Dieu versant son sang et abandonné, constituent la clef de l’énigme humaine (La gloire et la croix, I, p. 359).

1407. Perspectives

La biographie d’un saint… est une sorte de phénoménologie surnaturelle dont le but est de saisir tout ce que Dieu veut communiquer à son Eglise par l’existence théologique de son élu (à propos de Thérèse de Lisieux). L’Esprit s’est emparé d’elle et s’en est servi afin de démontrer quelque chose  aux chrétiens et leur ouvrir une nouvelle perspective évangélique. C’est pourquoi l’Eglise doit s’intéresser à Thérèse et l’étudier (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 179).

1408. Foi

Toute foi est foi en la résurrection (La prière contemplative, p. 314).

1409. Malheur

Malheur au chrétien qui ne se tiendrait pas chaque jour subjugué devant l’événement qui a non Jésus- Christ (Nouveau Testament, p. 12).

1410. Les oreilles

Le lecteur de l’Ecriture doit entendre ce qu’il plaît au Dieu unique, supérieur au monde, de lui dire maintenant à lui, cet auditeur unique, doté par grâce des oreilles de la foi. Il doit regarder la Parole en face, la Parole qui est le Christ et qui s’adresse à lui, non seulement dans l’Évangile, mais aussi par les paroles de l’Ancien Testament ou des apôtres (Prière contemplative, p. 239).

1411. Dimensions

Le domaine que la pensée chrétienne doit accorder à l’Esprit Saint ne peut jamais être assez vaste. Jésus-Christ, figure du Serviteur de Dieu sur terre, fut un bref moment à peine perceptible dans l’histoire du monde. Quelques paroles, quelques actes, et tout est déjà fini… « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière » (Jn 16,7.13). La maigre révélation en paroles et en actes s’ouvre sur les dimensions qui sont confiées au seul Esprit de Dieu (Cordula, p. 93).

1412. Marie

Marie : celle qui fut la Mère de cet Enfant et qui le reste sans perdre son autorité faite d’amour et d’intercession, celle qui nous abrite tous maternellement dans son sein, pour qui nous restons toujours les enfants qu’elle a mis au monde avec douleur et qu’elle mettra au monde jusqu’à ce que le travail d’enfantement de l’Eglise cesse, que la femme se réjouisse et ne pense plus aux douleurs, dans la joie qu’un homme soi venu au monde (Qui est chrétien?, p. 100).

1413. L’homme

Et finalement Dieu n’est jamais tout à fait extérieur à l’homme, pas plus qu’il n’est tout à fait l’Autre à son égard; au contraire, en tant que Créateur et cause première, il est aussi le « non-autre » (Non aliud, comme dit Nicolas de Cuse), de sorte que Dieu se dévoilant à l’homme dévoile aussi, de par une nécessité intime, l’homme à l’homme (De l’intégration, p. 90).

1414. Folie

L’esprit fini est attiré par un pôle supérieur; la créature spirituelle sait qu’elle doit s’élever en répondant à un appel d’en haut. Finalement l’attitude fondamentale de l’être créé comme tel, c’est le désir; l’aspiration vers Dieu, c’est le désir dont Michel-Ange, dans l’Adam de la Sixtine, a donné une expression achevée… Mais c’est Dieu qui prend l’initiative pleinement libre de donner la réponse à la question et à la recherche nostalgique de l’homme… La réponse de Dieu en définitive s’appelle Jésus-Christ, qui est l’achèvement qui comble le désir d’Adam. Mais que cette Parole de Dieu puisse être crucifiée, voilà ce que nul homme n’aurait jamais été capable d’inventer. La multitude la repousse, non seulement parce qu’elle est inattendue, mais parce qu’elle est indésirable , scandale et folie (Dramatique, III, p. 101-102).

1415. Regarder Dieu

Dans l’Ancien Testament, on voit l’homme désirer regarder Dieu; cette aspiration est satisfaite surabondamment par la venue de Dieu dans la demeure de l’homme pour habiter et manger avec lui (Ap 3,20). C’est une première descente, voilée, dans laquelle rien d’autre ne doit être manifesté que l’humble amour de Dieu. Le ciel n’est plus une image seulement, mais quelqu’un : Jésus-Christ. Et il meurt pour nous tous. Le ciel lui-même est mort pour nous. Et puis par la résurrection cette  terre est transformée en ciel. Jésus-Christ monte définitivement au ciel et s’assied à la droite du Père (Prière contemplative, p. 293).

1416. Le dernier mot

Le Fils est le dernier mot de Dieu en fait de Révélation (La gloire et la croix, I, p. 255).

1417. Tentation

« Ne nous soumets pas à la tentation » veut dire : « Ne nous laisse pas tomber dans la tentation, et garde-nous d’y consentir » (Jésus nous connaît-il?, p. 25).

1418. Croire et ne pas croire

Celui auquel s’adresse la Parole de Dieu a déjà reçu sa grâce, bien plus il est enveloppé par elle de sorte que même celui qui dit non, qui ne veut pas croire à la Parole, reste marqué par cette grâce, il est toujours déjà confronté avec la Parole (Prière contemplative, p. 62).

1419. Dessein

Le dessein de Dieu sur le monde est de réunir le ciel et la terre dans la plénitude de Jésus-Christ. Par sa divinité, il possède tout ce qui est du Père. Finalement les hommes ne reçoivent parfaitement leur sens que par lui (Dramatique, IV, p. 91).

1420. Conscience

Saint Paul a conscience d’avoir dans le Christ la vérité de son existence, d’être mort et ressuscité avec lui, de vivre en marchant au devant de son retour et de le rencontrer mystiquement dans les sacrements (La foi du Christ, p. 40).

1421. Naufrage dans le non-sens

La souffrance du Christ pour les autres, sa mort pour les autres et sa nuit intérieure incluent le sentiment d’un naufrage dans le non-sens : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Jésus a conscience de cette mission de substitution. Et le soir de la Cène, au moment où il va effacer notre faute dans sa chair, il nous donne à la place sa propre chair (Nouveaux points de repère, p. 216).

1422. Communication

La communication de Dieu ne vient pas seulement d’en haut; elle peut surgir aussi du tréfonds de l’esprit des croyants (E. Guerriero, Hans Urs von Balthasar, p. 241).

1423. Le rayon lumineux de l’Esprit

La révélation de Jésus-Christ contient surabondamment la vérité pour chaque époque, donc aussi pour la nôtre. Mais elle ne la contient pas de telle sorte qu’elle tomberait dans les bras des croyants sans qu’ils s’approprient par la réflexion le don de vérité reçu. Il serait indigne aussi bien de la grâce que de l’homme qu’il en soit autrement. L’Esprit Saint manifeste à chaque temps l’aspect qui lui est particulièrement réservé de la vérité divine, du moins si les hommes de ce temps s’efforcent, par la prière, d’obtenir cette vérité. Et la vérité alors, ne se trouve pas dans quelque coin perdu, resté par hasard dans l’ombre jusqu’à présent, et sur lequel le rayon lumineux de l’Esprit tomberait maintenant pour la première fois, elle se trouve au centre, foyer ardent, d’où la lumière rayonne (Dieu et l’homme d’aujourd’hui, p. 256).

 

Fin de ces Chemins de la foi

avec Hans Urs von Balthasar

 

le 13/03/2015

 

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